
StarDuCongo vous présente le 9ème épisode de la Story Of Tchimbamba PN 242, film documentaire de Philippe Edouard, traçant les aventures de Naomie Makosso, aujourd'hui quatorze ans à peine, vivant à Pointe Noire en République du Congo. Une histoire plus vraie que nature cherchant à forcer le destin d'une petite fille élevée dans la parcelle de sa grand-mère Mama Céline. Pour lire les épisodes précédents, cliquez : ici
TCHIMBAMBA PN 242
The Story Of # 9 - Boinana -
Je passe une moitié de mon temps sur mon computer, l'autre moitié aussi. Entre les deux, je mange des tagliatelles. A l'aube, j'entends les poubelles et les oiseaux qui chantent. Il m'arrive aussi parfois de dormir, dans mes montagnes d'images. Hum, 2H30 de film pour Tchimbamba PN 242 ! Ca fait pas un peu long ? Couper dedans à la hache risque d'être un crève-coeur… Ailleurs, dans ma box hotmail, les nouvelles sont bonnes. Les rares médias à qui j'ai proposé la Story Of sont partants pour sa mise en ligne. On est le 29, la bande annonce et le 1er épisode de Tchimbamba PN 242 s'affichent sur les pages d'Afrik.com, de Star Du Congo, d'Au Congo.com, d'Oeil d'Afrique et du Journal de Brazza. Naomie, que j'arrive à joindre sur le téléphone portable de Mama Céline, aimerait une nouvelle robe pour passer les fêtes ! Tombés à pic : Anne B. comme toujours pour offrir la robe et Tony qui s'envole au début du mois prochain à Pointe Noire pour aller suer sang et eau dans la boite des Frangins ! Il y a toujours un départ, toujours quelqu'un, toujours des valises qui n'en peuvent plus pour aller là-bas. "Et pour les bonbons ? T'as encore de la place ?". Tony y laisse quelques chemises : "Ouais, je vais en faire".
Ici, dans les rayons, pas de Primus, de N'Gok ou de Turbo King. Nadège et Clothaire passent cet après-midi, j'achète chez Lidl quelques bières obligées et ne me demande pas la marque. Nadège est la soeur de la femme de mon frère. "Dis, tu penses à quoi ? Tu n'arrives jamais à te lever à l'heure !!! Non, tu ne vas pas dormir dans ma maison, va chercher où dormir !" : Voilà ce que crie Mama Céline à Naomie en munukutuba, langue Bantoue parlée à Pointe Noire, et que me traduit Nadège pour les sous-titrages du film. Entre la grand-mère et l'enfant : Des étincelles quelques fois. Il me revient le temps des négociations, ce soir là, pour que Naomie ne passe pas la nuit dans la cour : "Mama Céline, si la parcelle est bénie on ne peut pas dormir dehors". Je sors une nouvelle bière du réfrigérateur pour Nadège et je continue de prendre mes notes sur un grand cahier en désordre. Je découvre en quelque sorte certains passages de mon film. "Depuis que tu côtoies le blanc tu ignores les autres ?" plaisante une voisine au passage de Mama Céline dans la ruelle… Clothaire aide parfois Nadège pour la traduction.
J'ai oublié où j'ai passé les fêtes, en France, à Angers oui mais où ?… Je m'en fous. Je n'aime pas les fêtes mais je gueule "Boinana" dans mon téléphone ! Déjà le premier jour de l'année, Naomie dans sa jolie robe à l'autre bout du fil. Mama Céline, bien sûr !!! Et Yaviche, et Kelly, et Cookel. Il fait 32° là-bas, ils me manquent, le soleil me manque, le Congo me manque. Je réponds : "Peut-être début mars mais rien n'est sûr" et puis je pars début mars. Passé la nuit à alourdir paupières et valises comme à leurs habitudes lorsque je pars et j'arrive : EP Lumumba -Tchimbamba Aviation - Rue Mantsoumba. C'est ce que je lis sur la plaque qui orne un des murs de la ruelle indifférente à sa nouvelle adresse. Dans la parcelle, de nouvelles personnes aux visages inconnus. Seul Yaviche, sorti de l'hôpital pour une crise de paludisme, est là… L'endroit a changé, un entrepôt à charbon a été construit près du grand bananier. Je file pour une sieste en face chez mes frères. Rien qu'un seul quart d'heure parce qu'il y a un lézard dans ma chambre, sorte d'iguane miniature qu'on appelle Agame et ça j'aime pas. Puis vient Naomie. La petite Princesse de Tchimbamba me fait une démo de danse en chantant un air qu'elle a inventé dans un yaourt anglais. La joie de vivre est de retour !
Les enfants de la ruelle : "Mama Céline est arrivée" ! Arrivée tout juste de Dolisie pour les besoins de son petit commerce, préparant déjà le charbon pour cuisiner une gazelle, disant qu'elle a mis hier sa petite soeur sous terre. "Les gens ici meurent comme des poulets" me répète-t'elle si souvent. Nous sommes le 8 mars, journée internationale de la femme. Au Congo, cela devrait être jour de la femme chaque jour que Dieu fait. Mama Céline admirable de force et de courage comme toutes les Mamas que je croise, dans les parcelles, les marchés, les ruelles… Autour du charbon, nous parlons de cette journée de la femme, des traditions, du pagne…
Au lendemain, je cours la ville et mes rendez-vous, tourne une fanfare dans le quartier OCH, décide d'accepter un reportage à Dolisie pour deux concerts d'Achille Mouebo, me laisse inviter à dîner au "Sea Club" par Laurent, mon autre frère revenu les mains vides de la pêche au Baracuda, mais ça lui est égal car il n'aime pas le poisson, continue la nuit à écrire des chansons pour Naomie : "C'est pour les mamas, pour les banas, là-bas au fond dans les cabanes, c'est pour les papas, tous les papas, pour mon papa irresponsable". Ca commence à sonner à peu près comme je veux. Tu trouves ça évident d'écrire pour une petite fille d'un tout autre pays ? Moi pas…
C'est souvent emmerdant. Je me couche souvent à pas d'heure, Naomie frappe souvent très tôt à ma porte. Quelques clips regardés sur mon computer, un shooting dans ses nouvelles robes, une partie de Mikado. Tant pis pour le café en poudre du réveil. Et puis Armani qui frappe aussi : "Je monte une équipe de football, c'est possible de faire un geste ?"… Euh : "Elle s'appelle comment ton équipe ?". Armani l'a baptisée "Fraternité", je lâche un billet et Naomie part dans une nouvelle robe à pois voir sa tante Laetitia. Je dois me remettre dans le bain et je calcule mal les embouteillages. De retour d'un rendez-vous où je suis allé voir Sasha il me semble plus simple de revenir du quartier Plateau à Tchimbamba à pied ! Sur mon chemin, une banderole : Les Diables Rouges contre le Gabon le 27 mars au Stade Municipal. Un Pulp Orange et deux heures plus tard je suis à la maison : Penser à phoner la fédération pour une accréditation.
Il me faudrait mettre quelques barrières mais je décide d'en sourire. Naomie frappe à la porte. Nous commençons les répétitions de "Papa Irresponsable". Hum, à l'évidence il est plus facile pour elle de chanter en munukutuba ou en lingala, voire en yaourt anglais, qu'en Français ! Ca va pas être simple, ça va pas être simple, ça va pas être simple. J'ai dû me le dire trois fois en moi même. "Il y a une chanson que tu aimerais que je t'écrive ?". Elle a pris un air pensif de petite fille : "Une chanson sur nous deux" ! Ce qui ne devait être qu'un documentaire sur la vie plus vraie que nature prend de nouveaux contours. Ah oui : Ne pas oublier d'aller voir Jussie pour lui donner encres, peintures aquarelles, feutres et parler de la bande dessinée sur Naomie. Quand aurai-je le temps à m'y consacrer ? Le temps me file entre les doigts comme toujours. J'aimerai parfois savoir où je vais, savoir vers où j'emmène Naomie. "Une chanson sur nous deux ? je ne sais pas si je peux écrire une chanson comme ça"…
Naomie partie, je continue d'écrire dans l'air climatisé de la chambre presque vide. Presque, parce que le lézard est toujours planqué quelque part. Oui, j'ai donc continué d'écrire, une autre chanson : "Chez moi j'ai des bananes, un puits dans la cour, une cabane en planche, j'ai le courant qui tombe en panne, Yaveh j'ai des bananes. Chez moi j'ai des bananes, du coupé-décalé pour bouger les hanches, et les tontons qui jouent du tam-tam, Yaveh j'ai des bananes". J'ajoute les mêmes accords Ré - Si mineur - Sol - La et le refrain : "Et je prie tous les dimanche, ouh ouh ouh ouh yeah - Yaveh pour avoir ma chance, ouh ouh ouh ouh yeah !" … La chance ? Ca va pas être simple ! Je me dis que la chance n'est pas une chose vraiment simple au Congo. Si seulement…
A suivre
Par Philippe Edouard
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TCHIMBAMBA PN 242
The Story Of # 9 - Boinana -
Je passe une moitié de mon temps sur mon computer, l'autre moitié aussi. Entre les deux, je mange des tagliatelles. A l'aube, j'entends les poubelles et les oiseaux qui chantent. Il m'arrive aussi parfois de dormir, dans mes montagnes d'images. Hum, 2H30 de film pour Tchimbamba PN 242 ! Ca fait pas un peu long ? Couper dedans à la hache risque d'être un crève-coeur… Ailleurs, dans ma box hotmail, les nouvelles sont bonnes. Les rares médias à qui j'ai proposé la Story Of sont partants pour sa mise en ligne. On est le 29, la bande annonce et le 1er épisode de Tchimbamba PN 242 s'affichent sur les pages d'Afrik.com, de Star Du Congo, d'Au Congo.com, d'Oeil d'Afrique et du Journal de Brazza. Naomie, que j'arrive à joindre sur le téléphone portable de Mama Céline, aimerait une nouvelle robe pour passer les fêtes ! Tombés à pic : Anne B. comme toujours pour offrir la robe et Tony qui s'envole au début du mois prochain à Pointe Noire pour aller suer sang et eau dans la boite des Frangins ! Il y a toujours un départ, toujours quelqu'un, toujours des valises qui n'en peuvent plus pour aller là-bas. "Et pour les bonbons ? T'as encore de la place ?". Tony y laisse quelques chemises : "Ouais, je vais en faire".
Ici, dans les rayons, pas de Primus, de N'Gok ou de Turbo King. Nadège et Clothaire passent cet après-midi, j'achète chez Lidl quelques bières obligées et ne me demande pas la marque. Nadège est la soeur de la femme de mon frère. "Dis, tu penses à quoi ? Tu n'arrives jamais à te lever à l'heure !!! Non, tu ne vas pas dormir dans ma maison, va chercher où dormir !" : Voilà ce que crie Mama Céline à Naomie en munukutuba, langue Bantoue parlée à Pointe Noire, et que me traduit Nadège pour les sous-titrages du film. Entre la grand-mère et l'enfant : Des étincelles quelques fois. Il me revient le temps des négociations, ce soir là, pour que Naomie ne passe pas la nuit dans la cour : "Mama Céline, si la parcelle est bénie on ne peut pas dormir dehors". Je sors une nouvelle bière du réfrigérateur pour Nadège et je continue de prendre mes notes sur un grand cahier en désordre. Je découvre en quelque sorte certains passages de mon film. "Depuis que tu côtoies le blanc tu ignores les autres ?" plaisante une voisine au passage de Mama Céline dans la ruelle… Clothaire aide parfois Nadège pour la traduction.
J'ai oublié où j'ai passé les fêtes, en France, à Angers oui mais où ?… Je m'en fous. Je n'aime pas les fêtes mais je gueule "Boinana" dans mon téléphone ! Déjà le premier jour de l'année, Naomie dans sa jolie robe à l'autre bout du fil. Mama Céline, bien sûr !!! Et Yaviche, et Kelly, et Cookel. Il fait 32° là-bas, ils me manquent, le soleil me manque, le Congo me manque. Je réponds : "Peut-être début mars mais rien n'est sûr" et puis je pars début mars. Passé la nuit à alourdir paupières et valises comme à leurs habitudes lorsque je pars et j'arrive : EP Lumumba -Tchimbamba Aviation - Rue Mantsoumba. C'est ce que je lis sur la plaque qui orne un des murs de la ruelle indifférente à sa nouvelle adresse. Dans la parcelle, de nouvelles personnes aux visages inconnus. Seul Yaviche, sorti de l'hôpital pour une crise de paludisme, est là… L'endroit a changé, un entrepôt à charbon a été construit près du grand bananier. Je file pour une sieste en face chez mes frères. Rien qu'un seul quart d'heure parce qu'il y a un lézard dans ma chambre, sorte d'iguane miniature qu'on appelle Agame et ça j'aime pas. Puis vient Naomie. La petite Princesse de Tchimbamba me fait une démo de danse en chantant un air qu'elle a inventé dans un yaourt anglais. La joie de vivre est de retour !
Les enfants de la ruelle : "Mama Céline est arrivée" ! Arrivée tout juste de Dolisie pour les besoins de son petit commerce, préparant déjà le charbon pour cuisiner une gazelle, disant qu'elle a mis hier sa petite soeur sous terre. "Les gens ici meurent comme des poulets" me répète-t'elle si souvent. Nous sommes le 8 mars, journée internationale de la femme. Au Congo, cela devrait être jour de la femme chaque jour que Dieu fait. Mama Céline admirable de force et de courage comme toutes les Mamas que je croise, dans les parcelles, les marchés, les ruelles… Autour du charbon, nous parlons de cette journée de la femme, des traditions, du pagne…
Au lendemain, je cours la ville et mes rendez-vous, tourne une fanfare dans le quartier OCH, décide d'accepter un reportage à Dolisie pour deux concerts d'Achille Mouebo, me laisse inviter à dîner au "Sea Club" par Laurent, mon autre frère revenu les mains vides de la pêche au Baracuda, mais ça lui est égal car il n'aime pas le poisson, continue la nuit à écrire des chansons pour Naomie : "C'est pour les mamas, pour les banas, là-bas au fond dans les cabanes, c'est pour les papas, tous les papas, pour mon papa irresponsable". Ca commence à sonner à peu près comme je veux. Tu trouves ça évident d'écrire pour une petite fille d'un tout autre pays ? Moi pas…
C'est souvent emmerdant. Je me couche souvent à pas d'heure, Naomie frappe souvent très tôt à ma porte. Quelques clips regardés sur mon computer, un shooting dans ses nouvelles robes, une partie de Mikado. Tant pis pour le café en poudre du réveil. Et puis Armani qui frappe aussi : "Je monte une équipe de football, c'est possible de faire un geste ?"… Euh : "Elle s'appelle comment ton équipe ?". Armani l'a baptisée "Fraternité", je lâche un billet et Naomie part dans une nouvelle robe à pois voir sa tante Laetitia. Je dois me remettre dans le bain et je calcule mal les embouteillages. De retour d'un rendez-vous où je suis allé voir Sasha il me semble plus simple de revenir du quartier Plateau à Tchimbamba à pied ! Sur mon chemin, une banderole : Les Diables Rouges contre le Gabon le 27 mars au Stade Municipal. Un Pulp Orange et deux heures plus tard je suis à la maison : Penser à phoner la fédération pour une accréditation.
Il me faudrait mettre quelques barrières mais je décide d'en sourire. Naomie frappe à la porte. Nous commençons les répétitions de "Papa Irresponsable". Hum, à l'évidence il est plus facile pour elle de chanter en munukutuba ou en lingala, voire en yaourt anglais, qu'en Français ! Ca va pas être simple, ça va pas être simple, ça va pas être simple. J'ai dû me le dire trois fois en moi même. "Il y a une chanson que tu aimerais que je t'écrive ?". Elle a pris un air pensif de petite fille : "Une chanson sur nous deux" ! Ce qui ne devait être qu'un documentaire sur la vie plus vraie que nature prend de nouveaux contours. Ah oui : Ne pas oublier d'aller voir Jussie pour lui donner encres, peintures aquarelles, feutres et parler de la bande dessinée sur Naomie. Quand aurai-je le temps à m'y consacrer ? Le temps me file entre les doigts comme toujours. J'aimerai parfois savoir où je vais, savoir vers où j'emmène Naomie. "Une chanson sur nous deux ? je ne sais pas si je peux écrire une chanson comme ça"…
Naomie partie, je continue d'écrire dans l'air climatisé de la chambre presque vide. Presque, parce que le lézard est toujours planqué quelque part. Oui, j'ai donc continué d'écrire, une autre chanson : "Chez moi j'ai des bananes, un puits dans la cour, une cabane en planche, j'ai le courant qui tombe en panne, Yaveh j'ai des bananes. Chez moi j'ai des bananes, du coupé-décalé pour bouger les hanches, et les tontons qui jouent du tam-tam, Yaveh j'ai des bananes". J'ajoute les mêmes accords Ré - Si mineur - Sol - La et le refrain : "Et je prie tous les dimanche, ouh ouh ouh ouh yeah - Yaveh pour avoir ma chance, ouh ouh ouh ouh yeah !" … La chance ? Ca va pas être simple ! Je me dis que la chance n'est pas une chose vraiment simple au Congo. Si seulement…
A suivre
Par Philippe Edouard
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