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Bienvenu Okiémy: le colonel Ntsourou est «un représentant du parti de l’étranger»

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Bienvenu Okiémy: le colonel Ntsourou est «un représentant du parti de l’étranger»
Sur l'explosion de Mpila, comme sur les disparus du Beach, les propos du colonel Ntsourou, sur RFI le vendredi 20 septembre, ne laissent pas indifférents. Malgré sa condamnation au pénal le 10 septembre dernier, le secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité - soit le n°2 des services de renseignement congolais - continue de clamer son innocence dans l'explosion du 4 mars 2012. Ce dimanche, Bienvenu Okiémy, le ministre congolais de la Communication et des Relations avec le Parlement lui répond point par point.

RFI : « Toute cette histoire est un complot monté contre ma personne », dit le colonel Ntsourou, après sa condamnation dans le procès de l’explosion de Mpila. Comment réagissez-vous ?

Bienvenu Okiémy
: Je suis surpris, parce que la cour criminelle a tranché cette affaire en toute sérénité. Et la cour criminelle a dû former son intime conviction sur la base de quelques éléments troublants.

Qu’est-ce qu’on a trouvé chez le colonel Ntsourou ? Des armes en rapport avec le 4 mars.

Qu’est-ce qui a aussi conduit la cour à prendre cette décision ? C’est son comportement. Les propos d’exaltation, de préparation de l’opinion, tenus le 3 mars à son anniversaire. La subornation de témoins. Quant au caporal-chef Kakome, il a bien avoué qu’il a été amené à commettre cet acte.

La preuve, en matière pénale, ne résulte pas forcément de l’aveu d’un accusé, mais bien de l’existence d’un faisceau d’indices concordants. Et en la matière, il y avait bien un faisceau d’indices concordants, au-delà de ces éléments.

Permettez, quand même, que je m’interroge, avec le peuple congolais. Le colonel Ntsourou est officier dans les forces armées congolaises et, donc, il est astreint à une obligation de réserve. Il a transgressé cette obligation de réserve. On ne peut pas, d’un côté, se dire : "Voilà, je suis détenteur de la vérité, c’est moi l’incarnation du droit". Et de l’autre côté, bafouer le droit. Parce qu’il est astreint à l’obligation de réserve. Il a méconnu cette obligation de réserve.

Le colonel Ntsourou a donc été condamné pour complicité d’incendie involontaire et détention illégale d’armes de guerre. Le problème c’est qu’il affirme qu’il ne connaissait pas l’incendiaire, le caporal Kakome. Et Kakome dit la même chose. Comment peut-on être complice, si l’on ne se connaît pas ?

Mais justement. C’est ce que je disais tout à l’heure. L’aveu, dans un procès pénal, n’est pas l’élément essentiel. Le propre même du complot, c’est la dénégation.

Et je voudrais ajouter un fait : c’est que le caporal-chef Kakome a bien déclaré avoir été consulté le 3 mars à 22 heures, pour commettre l’acte, avec une promesse de beaucoup d’argent. Et ça, c’est dans le procès verbal ! Et je suis surpris que, lorsque le colonel Ntsourou invoque un certain nombre de faits, il oublie forcément ce qu’il y a dans le dossier. Moi, je vous parle du dossier, lui il parle politique.

Mais apparemment, tous ces éléments n’ont pas convaincu l’accusation, puisque le procureur général lui-même a requis l’acquittement pour le colonel Ntsourou.

C’est vrai. Mais dans un procès, le procureur général peut requérir l’acquittement, le tribunal peut suivre ou ne pas suivre. C’est le propre même du droit et le Congo est un pays de droit.

Sur la question cruciale de l’origine de l’explosion, le caporal Kakome, qui habitait à l’intérieur du camp de Mpila, a été reconnu coupable d’avoir mis volontairement le feu. Mais lui-même donne une tout autre version. Il dit que, ce matin-là, le 4 mars 2012, il s’est mis à réchauffer la nourriture de la veille avec un poêle à charbon et que le manche de ce poêle lui a échappé. N’est-ce pas une version crédible ?

Ce qu’il faut savoir c’est que le caporal-chef Kakome travaillait dans cet arsenal depuis bien des années, et qu’il savait très bien qu’il ne fallait pas utiliser le feu dans cette enceinte. Maintenant, on se pose la question des motivations du caporal-chef Kakome. Mais, quoi qu’il en soit, il l’a fait volontairement, pour nuire. Peut-être qu’il n’a pas mesuré les conséquences de cette explosion. Mais il n’en demeure pas moins vrai qu’il y avait une volonté de faire mal au peuple congolais !

Est-ce que le jugement n’aurait pas été plus crédible si la cour avait dit pourquoi le caporal aurait mis le feu ?

Il faut attendre l’arrêt écrit pour rentrer un peu plus en profondeur dans la psychologie de ce monsieur, pour dire quelle était sa motivation en mettant le feu à l’arsenal militaire de Mpila.

Avec un jugement qui retient la thèse de l’incendie volontaire, toutes les autorités civiles et militaires de l’époque échappent à un procès pour négligence. N’est-ce pas, comme dit le colonel Ntsourou, la vraie raison pour laquelle la thèse de l’attentat a été retenue ?

Le colonel Ntsourou doit se renseigner. Je ne pense pas qu’il soit spécialiste des questions de droit. La responsabilité pénale est individuelle. Et lui voudrait que la règle de droit soit uniforme. Parce qu’il a été reconnu coupable, il voudrait que tout le monde soit reconnu coupable. Mais ça, ce n’est pas le droit !

→ (RE)LIRE : Mathias Dzon: «Le verdict de Mpila ne correspond pas à la vérité que les Congolais recherchaient»

Autre affaire judiciaire importante, celle des 353 disparus du Beach ? C’était en 1999. A l’époque, le colonel Ntsourou était directeur des renseignements militaires. Aujourd’hui, il reconnaît qu’il y a eu des exécutions sommaires. Il dit : « J’ai alerté qui de droit – sous-entendu le président Sassou Nguesso – mais les dispositions n’ont pas été prises. »

Le colonel Ntsourou était une des parties prenantes au procès du Beach, le procès de 2005 [à Brazzaville, ndlr]. Un procès reconnu par tous, à Brazzaville, comme étant un procès ouvert, juste et équitable. Si ce monsieur était au courant de quelques agissements contraires aux règles de droit, il aurait dû saisir le procureur de la République. Or, il ne l’a jamais fait. Et voilà qu’aujourd’hui, subitement, huit ans après, il indexe Brazzaville. Surprenant... Je voudrais quand même rappeler l’autorité de la chose jugée, et Ntsourou veut ouvrir l’action pénale en méconnaissant les règles de droit applicables dans notre pays, ailleurs, et dans le système international.

L’intervention du colonel Ntsourou est donc, en réalité, une insulte aux familles. Son intérêt n’est pas la manifestation de la vérité, mais bien de se servir de la douleur congolaise comme moyen d’accession à un poste que, certainement, il convoite secrètement. Ce qui m’amène à dire que ce monsieur apparaît en réalité comme l’un des représentants du parti de l’étranger, puisque le seul droit applicable pour lui, c’est le droit étranger et non pas le droit congolais approuvé, sanctifié par le peuple congolais.

Par Christophe Boisbouvier

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