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Dans la pensée d’un malade agonisant au Chu de Brazzaville

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Dans la pensée d’un malade agonisant au Chu de Brazzaville
La mort est le passage obligé de toute créature humaine, mais la médecine nous permet d’en éviter parfois. Mais quand les médecins qui sont censés l’éviter la donne plutôt, on est en droit de se demander si réellement le pays est vivable ? Tout malade est toujours soulagé de se savoir conduit dans un hôpital où les médecins vont tenter de le soigner. Donc de facto s’établit une complicité entre le malade et le médecin et le contraire est une situation dangereuse qui pousse certains malades à envisager d’autres solutions, parfois même les plus pires.

‘’ Il se peut que la mort me surprenne à tout moment, vu l’état de santé désastreux dans lequel je me trouve. « Plus d’espoir » comme le chuchotent les médecins dans les couloirs de ce qui est aurait été un lieu de prolongement des vies humaines et non de leur arrêt. Mon histoire ressemble à une chronique d’une mort annoncée dans un « Grand centre hospitalier universitaire ».’’

Lorsqu’un taxi ou une voiture personnelle(les ambulances n’existant presque pas) franchit en urgence le portail du CHU de Brazzaville, il est peu probable qu’il en ressort un jour avec le patient totalement rétabli. C’est plutôt le corbillard qui le récupère aux pompes funèbres juste derrière ce centre après qu’évidemment la famille ait payé une facture colossale à la municipalité.

N’entendons-nous pas dire qu’au CHU de Brazzaville, l’on vient se livrer à la mort, après avoir dépensé toute sa fortune en médicaments et interminables examens médicaux ? Entre les conditions d’hygiènes catastrophiques et la mauvaise foi du personnel médical, le malade meurt déjà psychologiquement en attendant la mort physique qui déambule dans cet hôpital.

Mon arrivée dans ce centre est digne d’un scenario hollywoodien, dans un taxi vétuste avec un chauffeur révolté qui se prit pour un membre de ma famille, se déchainant sur le personnel aux urgences qui ne se rendaient pas du tout compte de mon état moribond. L’insensibilité du personnel médical est si étonnante qu’on se croirait en territoire ennemi, avec leur préoccupation majeur de savoir si vous possédez assez d’argent pour recevoir les premiers soins. J’ai toujours cru que le médecin était celui qui sauvait des vies avant que mon expérience dans ce centre ne me le contredise.

Un centre Hospitalier Universitaire de cinq étages qui manque d’ascenseurs, où les malades sont obligés de payer 1000frs Cfa pour être transporté à dos ou par deux personnes par étage. Dur, dur de savoir que le personnel médical ne soit disposé à le faire, laissant ainsi la voie libre à tout genre de mafia externe au centre. Le traitement auquel les malades sont soumis par le corps médical est si indigne que parfois on se sente mieux bien que malade ailleurs. Et depuis que je suis dans cet hôpital je suis nourri tous les jours au riz et une portion de poisson grillé. J’ai vu mourir des voisins de chambre dans le bloc opératoire par manque d’argent, car chaque 10 minute, le chirurgien sortait du bloc demandé à la famille de compléter tel médicament qui venait de finir. Et comme la famille était à court d’argent eh bien le malade mourut, les chirurgiens étant incapables de le sauver par manque de déontologie « sans argent, pas de vie »

Un hebdomadaire de la capitale n’écrit il pas ceci à propos de cet hôpital :

« Enfin une prise de conscience du coté de la direction du CHU, où Le personnel et les malades croyaient en la fin de leur calvaire avec la restauration par une entreprise chinoise des ascenseurs. Hélas! C’était juste une anesthésie, car la société chinoise Congo Dahua Engineering a été invitée par le comité de direction du CHU à mettre aux normes hospitalières les nouveaux ascenseurs. Il est inconcevable que dans un centre hospitalier les ascenseurs ne puissent contenir un lit d’hôpital….Les grands travaux, relayés par les médias avaient présenté l’œuvre salvatrice entrant dans la grande vision du chef de l’Etat de moderniser le CHU en cette année de la santé. Le même comité a aussi demandé aux chinois l’accélération des travaux d’adduction d’eau et de la construction de la station d’épuration des eaux usées et eaux vannes…Comme toujours cela prouve que nos dirigeants ont tous des masters en projets à court termes et une vision erronée du futur des congolais »

Dans ses conditions d’hospitalisation je suis loin d’imaginer une guérison, et dans cette perspective que j’adresse à l’annonce du soi disant fin du monde cette lettre au chef de l’Etat « Monsieur le Chef de l’Etat, j’ai appris que demain ce serait la fin du Monde, et c’est dans cette optique depuis mon lit d’hôpital que je vous fais part de ma vie dans ce Congo. Je suis Fréderic Ossiala, habitant Talangai et âgé de 17, élève au lycée de la liberté. Souvent, j’entends les gens vous appelez ‘’ papa bonheur’’ mais je n’ai jamais connu ce bonheur, sinon son ‘’opposé’’ qui est devenu mon quotidien. D’autres disent que vous incarnez la « paix » je n’ai non plus connu cette paix, car habité par la misère quotidienne on ne peut vivre en paix.

Je vais laisser cette terre sans avoir profiter de « l’autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 »dont mon père m’intoxiquait les oreilles. A chaque votre apparition sur la chaine nationale tous les enfants crient : ‘’ papa promesses ‘’ Eh !oui tant de promesses pour aucune objectivité nationale.

Avec un futur incertain et une école scandaleuse, je doute fort avoir un boulot après mes études. Car mes trois ainés qui sont diplômés de leur Etat font la joie des chômeurs du quartier. Monsieur le président, un autre à ma place aurait écrit plus d’une cinquantaine de pages, la misère étant évidente dans la grande partie du peuple et le bonheur lié à votre clan. De mon côté je suis heureux de vous dire combien je remercie la nature pour cette fin du monde, ma souffrance et mon futur incertain vont prendre fin et plus jamais je n’aurai à torturer ma vue en suivant Télé Congo, oui, plus jamais j’entendrai ‘’ Ô leki bango, bâtisseur infatigable, l’homme de la paix, le rassembleur, patati patata’’

Demain, j’ignore encore si c’est au paradis ou ailleurs que j’irai, mais une chose est certaine est que je crierai à Dieu : Merci de m’avoir délivré du mal congolais.

Stany Yoka | Paris

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