Réfugiée politique, née au Congo, la dessinatrice roubaisienne Fifi Mukuna vient de sortir son premier album. Ce week-end, elle participera au premier festival de BD africaine de Tourcoing, aux côtés d’une vingtaine d’auteurs.

De quand date cette passion pour le dessin ?
« Déjà, à l’âge de 8 ans, je passais beaucoup de temps à dessiner. À l’école primaire, je copiais des pages entières de bandes dessinées, Bob et Bobette (du dessinateur belge Willy Vandersteen) en particulier. Ma grande sœur, Nathalie, m’écrivait des scénarios. Ma mère dessinait un peu. Je tiens peut-être cela d’elle.
À l’époque, c’était pour m’amuser. Je faisais ça avec des marqueurs et des crayons de couleur. La passion commençait à venir. En 1989, je suis rentrée aux Beaux-Arts de Kinshasa, où j’ai suivi une formation de graphiste. Au département publicité, il y avait un cours d’illustration où on faisait de la BD. »
Vous faisiez aussi des caricatures ? « Dès mon arrivée, un éditeur en cherchait. Au départ, ils doutaient qu’une femme puisse en réaliser. J’ai eu droit à un test. Il était très étonné. Il m’a embauchée ce jour-là. »
Vous avez travaillé pour des journaux ?
« Je faisais la dernière page du journal Le Phare, qui était très lue. C’était dangereux mais cela me plaisait beaucoup. J’ai été inquiétée à cause de cela, et j’ai dû arrêter. Chez nous, caricaturer un homme politique est un manque de respect. Exagérer ses traits, lui faire un gros nez, des grandes oreilles, c’est un peu une injure. Comme je signais sous un pseudonyme, au départ ils pensaient que j’étais un homme. Cela m’a sauvée un jour où ils sont venus à la rédaction. On nous a empêchés de rentrer pour dessiner. Ici, il y a la liberté d’expression. Les Guignols de l’info, chez nous, serait une émission impossible à réaliser. On serait emprisonnés, ou même tués. »
Vous avez alors quitté le pays, et obtenu le statut de réfugiée politique en France…
« Pour sauver ma peau, j’ai dû laisser ma famille, ils m’ont rejoint ensuite. J’étais seule, c’était dur. Je me suis accrochée au dessin pour être un peu plus forte. J’ai animé des ateliers dans une école à Lille. »
D’autres ateliers ont suivi ?
« En 2006, j’ai animé des ateliers au lycée Turgot, à Roubaix, avec l’association tourquennoise 49+ la BD francophone. Actuellement, je travaille avec des enfants du centre social du Pile, à Roubaix, âgés de 9 ou 10 ans, à la Condition publique. On est parti de l’exposition de Virginie Yassef, qui crée de grandes sculptures. Ils ont bien observé un masque avec des yeux qui changeaient de couleur, qui sert de point de départ à l’histoire. On travaille sur un petit album qu’ils dédicaceront au festival de la BD de Roubaix, en mai. »
Vous avez participé à plusieurs albums collectifs ?
« Il y a eu A l’ombre du baobab, en 2000, sur la maltraitance, l’éducation, l’excision… Moi, j’avais parlé des enfants des rues. En 2007, j’ai participé à Là-bas… Na Poto. En Afrique, les jeunes rêvent d’Europe mais ne savent pas les réalités qu’ils vont rencontrer en arrivant ici. En 2005, il y a eu Si tu me suis autour du monde, qui parle de partage, de religion, de tolérance. »
Votre première BD est sortie en septembre dernier…
« Elle s’appelle Kisi, le collier. C’est sur la superstition. L’histoire se passe à Bruxelles, dans un quartier où on retrouve l’ambiance de Kinshasa. Dans un salon de coiffure, une cliente perd un collier qui est marabouté. Elle jette un sort à tous ceux qui sont présents. Après, une série de malheurs arrivent. »
Pourquoi avez-vous choisi de l’autoéditer ?
« Cela me permettait de travailler à mon propre compte et de m’occuper de ma famille. Un éditeur m’aurait imposé ceci ou cela. Je fais ce qui me plaît. »
Qu’attendez-vous du festival de ce week-end ?
« Je vais présenter ma BD, comme je l’ai fait au festival d’Angoulême. C’est le seul moyen de me faire connaître, surtout dans mon cas. Dans les festivals, il y a des libraires. C’est prendre des contacts, rencontrer d’autres auteurs. J’ai fait beaucoup de collectif, là, c’est mon premier album. Je suis en train de travailler sur le second, qui s’appellera L’enfant maudit, en trois tomes, avec chaque fois des histoires complètes, et toujours de la magie. »
« Déjà, à l’âge de 8 ans, je passais beaucoup de temps à dessiner. À l’école primaire, je copiais des pages entières de bandes dessinées, Bob et Bobette (du dessinateur belge Willy Vandersteen) en particulier. Ma grande sœur, Nathalie, m’écrivait des scénarios. Ma mère dessinait un peu. Je tiens peut-être cela d’elle.
À l’époque, c’était pour m’amuser. Je faisais ça avec des marqueurs et des crayons de couleur. La passion commençait à venir. En 1989, je suis rentrée aux Beaux-Arts de Kinshasa, où j’ai suivi une formation de graphiste. Au département publicité, il y avait un cours d’illustration où on faisait de la BD. »
Vous faisiez aussi des caricatures ? « Dès mon arrivée, un éditeur en cherchait. Au départ, ils doutaient qu’une femme puisse en réaliser. J’ai eu droit à un test. Il était très étonné. Il m’a embauchée ce jour-là. »
Vous avez travaillé pour des journaux ?
« Je faisais la dernière page du journal Le Phare, qui était très lue. C’était dangereux mais cela me plaisait beaucoup. J’ai été inquiétée à cause de cela, et j’ai dû arrêter. Chez nous, caricaturer un homme politique est un manque de respect. Exagérer ses traits, lui faire un gros nez, des grandes oreilles, c’est un peu une injure. Comme je signais sous un pseudonyme, au départ ils pensaient que j’étais un homme. Cela m’a sauvée un jour où ils sont venus à la rédaction. On nous a empêchés de rentrer pour dessiner. Ici, il y a la liberté d’expression. Les Guignols de l’info, chez nous, serait une émission impossible à réaliser. On serait emprisonnés, ou même tués. »
Vous avez alors quitté le pays, et obtenu le statut de réfugiée politique en France…
« Pour sauver ma peau, j’ai dû laisser ma famille, ils m’ont rejoint ensuite. J’étais seule, c’était dur. Je me suis accrochée au dessin pour être un peu plus forte. J’ai animé des ateliers dans une école à Lille. »
D’autres ateliers ont suivi ?
« En 2006, j’ai animé des ateliers au lycée Turgot, à Roubaix, avec l’association tourquennoise 49+ la BD francophone. Actuellement, je travaille avec des enfants du centre social du Pile, à Roubaix, âgés de 9 ou 10 ans, à la Condition publique. On est parti de l’exposition de Virginie Yassef, qui crée de grandes sculptures. Ils ont bien observé un masque avec des yeux qui changeaient de couleur, qui sert de point de départ à l’histoire. On travaille sur un petit album qu’ils dédicaceront au festival de la BD de Roubaix, en mai. »
Vous avez participé à plusieurs albums collectifs ?
« Il y a eu A l’ombre du baobab, en 2000, sur la maltraitance, l’éducation, l’excision… Moi, j’avais parlé des enfants des rues. En 2007, j’ai participé à Là-bas… Na Poto. En Afrique, les jeunes rêvent d’Europe mais ne savent pas les réalités qu’ils vont rencontrer en arrivant ici. En 2005, il y a eu Si tu me suis autour du monde, qui parle de partage, de religion, de tolérance. »
Votre première BD est sortie en septembre dernier…
« Elle s’appelle Kisi, le collier. C’est sur la superstition. L’histoire se passe à Bruxelles, dans un quartier où on retrouve l’ambiance de Kinshasa. Dans un salon de coiffure, une cliente perd un collier qui est marabouté. Elle jette un sort à tous ceux qui sont présents. Après, une série de malheurs arrivent. »
Pourquoi avez-vous choisi de l’autoéditer ?
« Cela me permettait de travailler à mon propre compte et de m’occuper de ma famille. Un éditeur m’aurait imposé ceci ou cela. Je fais ce qui me plaît. »
Qu’attendez-vous du festival de ce week-end ?
« Je vais présenter ma BD, comme je l’ai fait au festival d’Angoulême. C’est le seul moyen de me faire connaître, surtout dans mon cas. Dans les festivals, il y a des libraires. C’est prendre des contacts, rencontrer d’autres auteurs. J’ai fait beaucoup de collectif, là, c’est mon premier album. Je suis en train de travailler sur le second, qui s’appellera L’enfant maudit, en trois tomes, avec chaque fois des histoires complètes, et toujours de la magie. »
L’album de Fifi Mukuna est disponible à la librairie Les Lisières, à Roubaix, Grand-Place. Prix : 14 euros.
Le festival a lieu les 15 et 16 mars en mairie de Tourcoing. Au programme : expositions, dédicaces, conférences et débats (« La BD africaine en Europe », le 15 à 16 h 30 ; « Femme, mère et auteure de BD », le 16 à 15 h). Gratuit. Renseignements au 06 13 62 31 69.
Le festival a lieu les 15 et 16 mars en mairie de Tourcoing. Au programme : expositions, dédicaces, conférences et débats (« La BD africaine en Europe », le 15 à 16 h 30 ; « Femme, mère et auteure de BD », le 16 à 15 h). Gratuit. Renseignements au 06 13 62 31 69.
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