La réussite du processus démocratique entamé, ces dernières années, en Afrique, passe par une grande mobilisation des Africains. Plus ils sont nombreux à le soutenir, plus sera assurée la pérennité de la démocratie encore balbutiante. Cependant, ce nécessaire consensus doit-il se faire à n’importe quel prix? Peut-on, par exemple, compter sur le soutien des dignitaires des régimes précédents et qui n’ont toujours pas renoncé à leur vision monolithique du pouvoir ?

Il est acquis, désormais, pour la majorité des Africains, que ces acteurs d’un autre temps se sont disqualifiés par leur gestion qui a conduit en partie à la ruine du continent et aussi pour avoir plongé, dans la fange, les valeurs essentielles qui fondent toute société.
Il y en a d’autres, en revanche, dont ni les compétences, ni les capacités de gestion ne sont en cause mais pourraient l’être à leur tour sans une rapide clarification; les Africains ayant la double nationalité et qui occupent (ou aspirent à occuper) de hauts postes en Afrique.
Nombre d’Africains ont acquis, ces dernières décennies, la double nationalité, notamment française, pour diverses raisons. Les footballeurs, par exemple, y ont été parfois contraints et forcés, pour continuer à exercer leur métier (toute équipe française ne pouvant aligner plus de trois étrangers). Certains y ont souscrit pour des raisons humanitaires. D’autres ont entrepris la démarche, parce qu’ils se sentaient Français. La majorité pour assurer sa sécurité de vie en France tant la situation des immigrés y est devenue de plus en plus délicate. Pour certaines autorités françaises, l’intégration des immigrés passerait, semble-t-il, par l’acquisition de la nationalité française. Ce qui est pour le moins paradoxal pour le pays des droits de l’homme. Depuis toujours, des étrangers ont vécu en France et se sont bien intégrés, tout en conservant leur nationalité d’origine. Lino Ventura en est un des exemples célèbres. Ce grand acteur, qui a contribué au rayonnement du cinéma français, est resté Italien jusqu’à sa mort. On peut aimer vivre en France ou ailleurs, partager l’essentiel des valeurs du pays d’accueil, respecter ses lois et demeurer fidèle à sa nationalité d’origine.
Pour éviter de se voir marginalisés, nombre d’étrangers et notamment les Africains et particulièrement ceux qui sont en France pour des raisons économiques, ont donc acquis la nationalité, même si ils n’adhèrent pas à l’idéal français. C’est cette catégorie de Franco-Africains qui motivent cet article.
Dans le même temps, d’autres Africains ont résisté à la pression, tel ce Camerounais, l’un des meilleurs chirurgiens-orthopédistes de la région parisienne, qui aurait eu tout à gagner en optant pour la nationalité française. En effet, il gagnerait autant, voire plus, que ses collègues français. Aujourd’hui, parce qu’il n’a pas la nationalité française, il perçoit un salaire inférieur à celui de ses collègues français. Qu’il soit bien clair, la double nationalité n’est pas une tare. Ceux qui l’ont sont tout aussi respectables à condition qu’ils assument jusqu’au bout leur choix. Cependant, la double nationalité pose un problème moral de toute première importance dans le contexte actuel de l’Afrique et qu’il ne faudrait pas évacuer dans le cadre du débat public. N’est-ce-pas aussi pour remettre en vigueur certaines valeurs comme l’intégrité, l’honnêteté morale et intellectuelle et bien d’autres que l’Afrique se bat actuellement?
Certains compatriotes ayant la double nationalité ont participé et continuent à participer aux différentes élections en France et dans le même temps, ils participent sans scrupule aux scrutins qui ont lieu en Afrique. Autrement dit, ils s’octroient le luxe de participer à la vie publique française et à celle de leurs pays d’origine. Voudrait-on faire croire que la France et certains pays Africains francophones forment une même nation comme au temps de la Communauté des Etats pour que ces derniers puissent influer même modestement sur le cours de la vie de ces différentes sociétés? A moins que ces compatriotes soient les pionniers de l’abolition des frontières en vue d’instaurer une citoyenneté planétaire. Intention louable mais qui ne correspond pas à la réalité pour deux raisons.
Primo, les prises de positions partisanes de certains de ces Franco-Africains dans les luttes politico-tribales en cours en Afrique ne militent pas en faveur d’une telle intention. Par ailleurs, la simple évocation de l’idée de Fédération des Etats africains provoque, chez eux, le hérissement des cheveux. Ils ne peuvent, de ce fait, être les promoteurs d’un monde sans frontières.
Secundo, pour ne prendre que cet exemple, la Constitution en vigueur (même celle de mars 1992), stipule que seuls les Congolais de naissance peuvent prétendre à la magistrature suprême et à la députation; ce qui témoigne de l’importance de la nationalité dans la vie publique (1).
Mais, si les compatriotes qui ont la double nationalité peuvent voter allègrement en France et dans leurs pays d’origine, ces pays ne sont exempts de toute responsabilité. Il est de leur devoir de prendre les dispositions nécessaires pour éviter de tels abus.
Toutefois, le problème de la responsabilité individuelle et de la probité morale reste entier. N’y a-t-il pas quelque chose d’immoral dans le fait que ceux qui hier –considérant que l’espoir avait déserté à jamais les Africains- assuraient leur sécurité en prenant la nationalité française, puissent aujourd’hui -s’apercevant que le soleil peut encore se lever en Afrique- peser sur l’avenir du continent, certains allant jusqu’à vouloir incarner le renouveau?
C’est dans les moments difficiles que l’on mesure avec certitude l’attachement aux convictions et aux vertus. Une chose est d’en parler dans un relatif confort, une autre est de les assumer dans l’adversité. Un Cubain a passé dix ans de sa vie en prison à cause de sa foi chrétienne. Chaque jour, ses gardiens déversaient sur lui leurs urines et leurs excréments. Pour mettre fin à cette humiliation, à cette douleur, à ce calvaire, à cette privation de liberté, il lui suffisait de renoncer à sa foi chrétienne. Mais jamais, il ne donna satisfaction à ses persécuteurs. N’est-ce pas là une merveilleuse leçon d’intégrité, d’attachement à ses convictions?
La nationalité implique des droits et des devoirs. Elle suppose une adhésion à des valeurs partagées par l’ensemble d’une nation. Elle implique –surtout quand on la choisit à l’âge adulte- un engagement de l’Etre. On ne peut pas, de ce fait, en changer au gré des circonstances?
Serait-il saugrenu de se méfier de ceux qui, hier, ont opté égoïstement pour la nationalité française? Qu’est-ce qui garantit que demain, placés dans des situations similaires, ils ne seraient pas amenés à prendre des décisions contraires à l’intérêt de leur pays d’origine, pour assurer à nouveau leur sécurité matérielle?
En outre, ne faudrait-il pas craindre avec eux le complexe Poignet? Il convient de rappeler à ceux qui l’ont vécu et d’expliquer aux plus jeunes et aux non-Congolais ce qu’est le complexe Poignet. Président pendant une très courte période au Congo à la fin des années 60, le commandant Poignet participa, au cours des années 70, à un coup d’Etat (2). Si ce dernier avait réussi, il aurait occupé, à nouveau, un haut poste. Malheureusement pour lui et ses compagnons d’armes, le putsch échoua et ils firent tous arrêtés. Lors du procès (3) le commandant Poignet revendiqua sa nationalité française et demanda à la France de lui épargner les fâcheuses conséquences de son acte, abandonnant, du même coup et sans scrupules, ses compagnons. Le complexe Poignet consiste à revendiquer des droits, mais fuir les devoirs et le cas échéant à échapper aux conséquences de ses actes, tout en abandonnant ses amis, grâce à la double nationalité.
La majorité des Africains souhaitent, de tout cœur, que le processus démocratique entamé soit irréversible. Malheureusement, on a pu voir, ici ou là, des illuminés reprendre le pouvoir par la force, avec toutes les conséquences que l’on sait. Les Franco-Africains, qui ont occupé de hauts postes avec de meilleurs revenus que la plupart des Africains, ont -quasiment tous- pris la clef des champs, comme M. Poignet, pour sauver leur peau, tout en abandonnant les autres qui n’ont qu’une seule nationalité?
Cet article n’a pas pour objectif de jeter de l’opprobre sur les compatriotes qui ont la double-nationalité, encore moins de provoquer une chasse aux sorcières, mais plutôt de placer ces derniers face à leurs responsabilités et particulièrement d’engager ceux qui aspirent aux hautes fonctions dans l’administration et au sommet de l’Etat, dans leurs pays d’origine, à faire preuve d’honnêteté intellectuelle, de probité morale, de noblesse d’esprit, de courage politique, en renonçant solennellement à la double nationalité.
Ce qui aurait, entre autres, pour mérite, de les placer sur le même pied d’égalité que ceux qu’ils veulent représenter et dans certains cas diriger. Les valeurs comme la vertu, l’intégrité, l’honnêteté, l’intérêt public et bien d’autres ne sont pas à dimensions variables. Elles sont chacune, une et indivisible.
Wilfrid KIVOUVOU
(Réflexion des réseaux de la Conscience Libre)
Il y en a d’autres, en revanche, dont ni les compétences, ni les capacités de gestion ne sont en cause mais pourraient l’être à leur tour sans une rapide clarification; les Africains ayant la double nationalité et qui occupent (ou aspirent à occuper) de hauts postes en Afrique.
Nombre d’Africains ont acquis, ces dernières décennies, la double nationalité, notamment française, pour diverses raisons. Les footballeurs, par exemple, y ont été parfois contraints et forcés, pour continuer à exercer leur métier (toute équipe française ne pouvant aligner plus de trois étrangers). Certains y ont souscrit pour des raisons humanitaires. D’autres ont entrepris la démarche, parce qu’ils se sentaient Français. La majorité pour assurer sa sécurité de vie en France tant la situation des immigrés y est devenue de plus en plus délicate. Pour certaines autorités françaises, l’intégration des immigrés passerait, semble-t-il, par l’acquisition de la nationalité française. Ce qui est pour le moins paradoxal pour le pays des droits de l’homme. Depuis toujours, des étrangers ont vécu en France et se sont bien intégrés, tout en conservant leur nationalité d’origine. Lino Ventura en est un des exemples célèbres. Ce grand acteur, qui a contribué au rayonnement du cinéma français, est resté Italien jusqu’à sa mort. On peut aimer vivre en France ou ailleurs, partager l’essentiel des valeurs du pays d’accueil, respecter ses lois et demeurer fidèle à sa nationalité d’origine.
Pour éviter de se voir marginalisés, nombre d’étrangers et notamment les Africains et particulièrement ceux qui sont en France pour des raisons économiques, ont donc acquis la nationalité, même si ils n’adhèrent pas à l’idéal français. C’est cette catégorie de Franco-Africains qui motivent cet article.
Dans le même temps, d’autres Africains ont résisté à la pression, tel ce Camerounais, l’un des meilleurs chirurgiens-orthopédistes de la région parisienne, qui aurait eu tout à gagner en optant pour la nationalité française. En effet, il gagnerait autant, voire plus, que ses collègues français. Aujourd’hui, parce qu’il n’a pas la nationalité française, il perçoit un salaire inférieur à celui de ses collègues français. Qu’il soit bien clair, la double nationalité n’est pas une tare. Ceux qui l’ont sont tout aussi respectables à condition qu’ils assument jusqu’au bout leur choix. Cependant, la double nationalité pose un problème moral de toute première importance dans le contexte actuel de l’Afrique et qu’il ne faudrait pas évacuer dans le cadre du débat public. N’est-ce-pas aussi pour remettre en vigueur certaines valeurs comme l’intégrité, l’honnêteté morale et intellectuelle et bien d’autres que l’Afrique se bat actuellement?
Certains compatriotes ayant la double nationalité ont participé et continuent à participer aux différentes élections en France et dans le même temps, ils participent sans scrupule aux scrutins qui ont lieu en Afrique. Autrement dit, ils s’octroient le luxe de participer à la vie publique française et à celle de leurs pays d’origine. Voudrait-on faire croire que la France et certains pays Africains francophones forment une même nation comme au temps de la Communauté des Etats pour que ces derniers puissent influer même modestement sur le cours de la vie de ces différentes sociétés? A moins que ces compatriotes soient les pionniers de l’abolition des frontières en vue d’instaurer une citoyenneté planétaire. Intention louable mais qui ne correspond pas à la réalité pour deux raisons.
Primo, les prises de positions partisanes de certains de ces Franco-Africains dans les luttes politico-tribales en cours en Afrique ne militent pas en faveur d’une telle intention. Par ailleurs, la simple évocation de l’idée de Fédération des Etats africains provoque, chez eux, le hérissement des cheveux. Ils ne peuvent, de ce fait, être les promoteurs d’un monde sans frontières.
Secundo, pour ne prendre que cet exemple, la Constitution en vigueur (même celle de mars 1992), stipule que seuls les Congolais de naissance peuvent prétendre à la magistrature suprême et à la députation; ce qui témoigne de l’importance de la nationalité dans la vie publique (1).
Mais, si les compatriotes qui ont la double nationalité peuvent voter allègrement en France et dans leurs pays d’origine, ces pays ne sont exempts de toute responsabilité. Il est de leur devoir de prendre les dispositions nécessaires pour éviter de tels abus.
Toutefois, le problème de la responsabilité individuelle et de la probité morale reste entier. N’y a-t-il pas quelque chose d’immoral dans le fait que ceux qui hier –considérant que l’espoir avait déserté à jamais les Africains- assuraient leur sécurité en prenant la nationalité française, puissent aujourd’hui -s’apercevant que le soleil peut encore se lever en Afrique- peser sur l’avenir du continent, certains allant jusqu’à vouloir incarner le renouveau?
C’est dans les moments difficiles que l’on mesure avec certitude l’attachement aux convictions et aux vertus. Une chose est d’en parler dans un relatif confort, une autre est de les assumer dans l’adversité. Un Cubain a passé dix ans de sa vie en prison à cause de sa foi chrétienne. Chaque jour, ses gardiens déversaient sur lui leurs urines et leurs excréments. Pour mettre fin à cette humiliation, à cette douleur, à ce calvaire, à cette privation de liberté, il lui suffisait de renoncer à sa foi chrétienne. Mais jamais, il ne donna satisfaction à ses persécuteurs. N’est-ce pas là une merveilleuse leçon d’intégrité, d’attachement à ses convictions?
La nationalité implique des droits et des devoirs. Elle suppose une adhésion à des valeurs partagées par l’ensemble d’une nation. Elle implique –surtout quand on la choisit à l’âge adulte- un engagement de l’Etre. On ne peut pas, de ce fait, en changer au gré des circonstances?
Serait-il saugrenu de se méfier de ceux qui, hier, ont opté égoïstement pour la nationalité française? Qu’est-ce qui garantit que demain, placés dans des situations similaires, ils ne seraient pas amenés à prendre des décisions contraires à l’intérêt de leur pays d’origine, pour assurer à nouveau leur sécurité matérielle?
En outre, ne faudrait-il pas craindre avec eux le complexe Poignet? Il convient de rappeler à ceux qui l’ont vécu et d’expliquer aux plus jeunes et aux non-Congolais ce qu’est le complexe Poignet. Président pendant une très courte période au Congo à la fin des années 60, le commandant Poignet participa, au cours des années 70, à un coup d’Etat (2). Si ce dernier avait réussi, il aurait occupé, à nouveau, un haut poste. Malheureusement pour lui et ses compagnons d’armes, le putsch échoua et ils firent tous arrêtés. Lors du procès (3) le commandant Poignet revendiqua sa nationalité française et demanda à la France de lui épargner les fâcheuses conséquences de son acte, abandonnant, du même coup et sans scrupules, ses compagnons. Le complexe Poignet consiste à revendiquer des droits, mais fuir les devoirs et le cas échéant à échapper aux conséquences de ses actes, tout en abandonnant ses amis, grâce à la double nationalité.
La majorité des Africains souhaitent, de tout cœur, que le processus démocratique entamé soit irréversible. Malheureusement, on a pu voir, ici ou là, des illuminés reprendre le pouvoir par la force, avec toutes les conséquences que l’on sait. Les Franco-Africains, qui ont occupé de hauts postes avec de meilleurs revenus que la plupart des Africains, ont -quasiment tous- pris la clef des champs, comme M. Poignet, pour sauver leur peau, tout en abandonnant les autres qui n’ont qu’une seule nationalité?
Cet article n’a pas pour objectif de jeter de l’opprobre sur les compatriotes qui ont la double-nationalité, encore moins de provoquer une chasse aux sorcières, mais plutôt de placer ces derniers face à leurs responsabilités et particulièrement d’engager ceux qui aspirent aux hautes fonctions dans l’administration et au sommet de l’Etat, dans leurs pays d’origine, à faire preuve d’honnêteté intellectuelle, de probité morale, de noblesse d’esprit, de courage politique, en renonçant solennellement à la double nationalité.
Ce qui aurait, entre autres, pour mérite, de les placer sur le même pied d’égalité que ceux qu’ils veulent représenter et dans certains cas diriger. Les valeurs comme la vertu, l’intégrité, l’honnêteté, l’intérêt public et bien d’autres ne sont pas à dimensions variables. Elles sont chacune, une et indivisible.
Wilfrid KIVOUVOU
(Réflexion des réseaux de la Conscience Libre)
Notes
1- Cette disposition pose un problème qui mériterait que l’on s’y penche, dans la mesure où elle instaure une nationalité à deux vitesses. Pourquoi accorder la nationalité à ceux qui la demandent si ces derniers ne peuvent prétendre aux mêmes droits que les autres?
2- Il n’est pas question ici de porter un jugement sur le bien-fondé ou pas de cette opération.
3- Une fois de plus, il faut insister sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de savoir si la justice de l’époque était équitable ou non; de toutes les manières, M. Poignet connaissait les conséquences encourues, quand il avait entrepris de renverser le pouvoir en place.
1- Cette disposition pose un problème qui mériterait que l’on s’y penche, dans la mesure où elle instaure une nationalité à deux vitesses. Pourquoi accorder la nationalité à ceux qui la demandent si ces derniers ne peuvent prétendre aux mêmes droits que les autres?
2- Il n’est pas question ici de porter un jugement sur le bien-fondé ou pas de cette opération.
3- Une fois de plus, il faut insister sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de savoir si la justice de l’époque était équitable ou non; de toutes les manières, M. Poignet connaissait les conséquences encourues, quand il avait entrepris de renverser le pouvoir en place.
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