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La priorité au système éducatif en 2014, pour quoi faire ?

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La priorité au système éducatif en 2014, pour quoi faire ?
Le 31 décembre 2012, le président de la République proclamait 2013 «année de l’éducation de base et de la formation qualifiante». Cependant, aucune initiative significative n’est venue concrétiser cette déclaration. Pis encore, les enseignants qui, à la faveur de cette proclamation, espéraient améliorer leurs conditions de vie et de travail, se sont vu opposer une énième fin de non-recevoir.

L’année de l’éducation de base n’a donc pas permis de prendre en considération les revendications des enseignants ni, a fortiori, de se pencher sur leur statut, condition sine qua non d’un changement en profondeur de l’éducation de base. Il n’est donc pas étonnant qu’à la fin de l’année 2013, vu le bilan négatif persistant en matière d’éducation, le président de la République ait décidé de revenir sur cette importante question: «Il s’agira, puisque l’école est le berceau de la République, de redonner, au cours de cette année, en termes d’investissements publics, la priorité à ce secteur, en prenant en compte, cette fois-ci, l’ensemble du système éducatif».

Le chef de l’Etat parle d’engagements financiers pour l’équipement et entend que la priorité, dans ce domaine, soit réservée à l’ensemble du système éducatif, de l’éducation de base à l’enseignement supérieur, en passant par l’enseignement technique. Mais, des investissements pour quoi faire? La seule hausse des investissements publics alloués à ce secteur suffira-t-elle à faire de l’école «le berceau de la République», c’est-à-dire le lieu où se forge l’avenir d’un pays qui appartient à tous?
Que l’école soit ce lieu est incontestable. Dans l’ouvrage «Eduquer ou périr» publié en 1990, dans le cadre de la coopération Unesco-Unicef en Afrique, en préparation à la conférence de Jomtien (Thaïlande) sur l’éducation pour tous, Joseph Kizerbo confirme (P. 95): «… Le but du New Deal éducatif n’est pas de financer la même école qu’aujourd’hui, mais d’en sortir pour assainir du même coup tous les autres «départements» de la vie nationale».

Or, cet assainissement n’a pas eu lieu, puisque l’école est demeurée la même, aggravant ainsi les tares du système éducatif dénoncées en 1990. Les Congolais auront-ils la volonté de sauter le pas, cette fois-ci, et de tout remettre à plat? Sinon, à quoi serviront les investissements promis? Juste à la logistique (bâtiments, salles de cours, laboratoires, équipements)? Mais quelle sorte de logistique, en l’absence d’orientations clairement définies?

Lorsqu’au soir du 31 décembre 2013, le président de la République annonce cette décision, le budget pour l’année 2014 a déjà était voté au cours de la session extraordinaire de l’assemblée nationale, du 15 au 22 décembre 2013. Il est:

- pour le primaire, le secondaire et l’alphabétisation, de: 100.250.000.000 francs;
- pour l’enseignement technique, de: 110.100.000.000 francs;
- pour l’enseignement supérieur, de: 30.300.000.000 francs;
Soit en tout 240.650.000.000 francs, sur un budget d’investissement de 1.991.000.000.000 francs, soit 12,08% du budget d’investissement total. Ce pourcentage peut-il être considéré comme la priorité en termes d’investissements publics ou un réajustement budgétaire devra-t-il être envisagé?

Quoi qu’il en soit, le maximum du budget 2014 devra être consacré à l’éducation. Ce qui ne signifie pas qu’il faille, à tout prix, dépenser la totalité de ces fonds en 2014, sans, au préalable, avoir pris la peine de s’accorder sur des stratégies nationales. Or, les stratégies, de même que les priorités, ne peuvent être dégagées qu’à partir d’un diagnostic de la situation générale de l’éducation au Congo, sur lequel tous les intéressés s’accordent.

La «déclaration des évêques sur l’éducation nationale», parue le vendredi 7 et le mardi 11 février 2014 dans «La Semaine Africaine» n°3365 et 3366, et déjà présentée aux principaux intéressés (représentants des pouvoirs publics, délégués de la société civile, experts de l’éducation) pourrait, à cet égard, servir de base de travail. Le système éducatif étant un tout, il conviendrait d’envisager ce diagnostic de manière globale, en ayant à l’esprit l’interdépendance entre les différents cycles et non pas, comme bien souvent, de façon morcelée, cycle après cycle, même si les prévisions budgétaires encouragent cette approche tronçonnée.

Mais, si «La déclaration», en servant de document de base, permet de gagner du temps et de faire l’économie d’une grand’messe coûteuse aux résultats improbables, les mesures correctives qu’elle propose exigent d’être approfondies et validées par les différentes parties prenantes à l’œuvre d’éducation. Ce qui exige nécessairement des concertations sectorielles avant décisions. Le mal du système éducatif est si profond qu’un simple replâtrage n’y saurait suffire. Une réforme de fond s’impose.
Cependant, parmi les mesures préconisées, il en est une qui ne saurait souffrir de délai: le statut
particulier des enseignants.
La fonction enseignante n’attire plus. Ceux qui y sont entrés dans le passé n’aspirent qu’à une chose: en sortir. Les conditions de travail difficiles et le manque de logistique dans le système éducatif ne sont pas seuls en cause. L’enseignant ne jouit plus d’aucune considération, non seulement parce qu’il travaille dans un environnement misérable, mais aussi parce qu’il est lui-même un gagne-petit. A telle enseigne que les parents d’élèves, dans les villages et même en ville, en sont réduits à recourir à des volontaires recrutés, souvent, parmi les exclus du cycle secondaire, pour pallier le manque d’enseignants au niveau élémentaire. «La Semaine Africaine» du 22 novembre 2013 évaluait à 14.866 le déficit des enseignants du préscolaire au lycée: Educatrices: 614; Primaire: 9.712; Collège: 3.895; Lycée: 90; Alphabétisation: 505.

Même là où le personnel enseignant pourrait être disponible, très souvent, il n’a pas reçu la formation appropriée et, dans tous les cas, il est peu ou pas suivi. Dans les années 40, lorsque nous étions élèves dans l’enseignement élémentaire, nos maîtres n’avaient pour tout diplôme que le certificat d’études primaires. Mais, ils étaient encadrés et soumis à des stages de recyclage, tous les ans, aux grandes vacances et dispensaient un enseignement de qualité. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où, quel que soit le degré du système éducatif considéré, la qualité de l’enseignement laisse à désirer. Le niveau de notre enseignement s’est, à ce point, dégradé que de plus en plus d’universités sur le continent refusent, aujourd’hui, de recevoir les bacheliers congolais. Il est donc urgent:

1- que soit réglée la question de la formation des enseignants de tous les niveaux du système éducatif, préalable incontournable à toute rénovation éducative et pédagogique;

2- que soit revalorisée la fonction enseignante, afin de permettre aux enseignants de reconquérir leurs titres de noblesse. Car, sans enseignants dûment formés et motivés, aucun sauvetage du système éducatif ne saurait être envisagé. Or, il y va de l’avenir et du destin de notre pays.

Toutes ces mesures supposent évidemment un responsable qui mobilise la société et organise le dialogue pour lancer la réflexion. A-t-il été désigné? Si oui, pourquoi, près de trois mois après la proclamation du président de la République, aucune initiative n’a-t-elle été prise? Ou, si elle l’a été, pourquoi n’en parle-t-on pas? Refaire le système éducatif dans son ensemble exige l’information de tout un chacun et l’accord de tous les citoyens, puisque tous sont, à des titres divers, concernés. Ce qui fait dire à Joseph Kizerbo que «…la démocratie est un ingrédient incontournable de toute rénovation éducative». Notre pays manque-t-il à ce point de personnalités capables d’organiser et de conduire une telle réflexion?

Mambou Aimée GNALI
Ancienne Spécialiste de l’éducation de l’UNESCO

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