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Jean-Claude Gakosso, ministre de la culture et des arts : «Nous avons choisi la pédagogie éducative, en direction de nos artistes-musiciens»

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Lors de la séance de questions orales au gouvernement suivie de débats, qui a eu lieu, vendredi 25 avril 2014, le député Rehodule Batina a posé au ministre de la culture et des arts, Jean-Claude Gakosso, une question sur «cette musique se caractérise par des paroles qui banalisent et heurtent les bonnes mœurs de notre société».
Jean-Claude Gakosso, ministre de la culture et des arts : «Nous avons choisi la pédagogie éducative, en direction de nos artistes-musiciens»
Devant ce phénomène social qui ne laisse pas indifférent, le ministre Gakosso a affirmé: «Le gouvernement a clairement fait le choix de demeurer résolument du côté de la loi, en s’interdisant toute censure préventive et en privilégiant la pédagogie et l’éducation». Voici l’intégralité de sa réponse à la séance de questions orales au gouvernement.
- Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
- Honorables Députés,

Permettez-moi, avant toute chose, de remercier l’Honorable Rehodule Batina, auteur de l’unique question de cette séance de questions orales au Gouvernement, qui porte sur la politique culturelle; l’unique question qui agite la problématique culturelle.
Cette question, Honorable Président, concerne un phénomène qui apparaît, à tous égards, comme une vague déferlante de dépravation morale, une vague nourrie par cette sorte de «perversité culturelle en boucle» laquelle, au fond, procède, assez largement, de ce phénomène de mondialisation dont chacun glose à l’envie. Ce sujet est, à mes yeux, de la plus grande actualité, surtout lorsque je songe qu’il touche gravement à la morale publique, donc au soubassement spirituel de notre société.
«Nous assistons aujourd’hui à l’essor de la musique dite urbaine, dit l’Honorable Rehodule Batina. Cette musique se caractérise par des paroles qui banalisent et heurtent les bonnes mœurs de notre société et, souvent, enregistrée dans des studios de proximité», ajoute-t-il. «Hier, la parution de toute œuvre musicale passait par la censure, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Quelles sont les approches de solution que l’administration en charge de la culture préconise face à ce phénomène?», se demande et nous demande l’honorable Batina.

Honorable Président, Honorables Députés,

Je dois dire -mais au fond vous le savez- je dois dire que la banalisation de la parole pornographique, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, la banalisation des chorégraphies suggestives, voire obscènes, d’abord à l’écran, puis finalement sur les podiums de nos salles de concert, constituent l’un des problèmes majeurs de la musique moderne. Ce problème, chacun sait, est universel. Il procède de la mondialisation électronique à laquelle nous assistons; il est dû à l’irrésistible déferlement des images que véhiculent les médias, notamment la télévision et l’Internet; il est assez largement imputable à l’effacement virtuel des frontières entre les nations et au confinement des peuples dans ce que le sociologue canadien, Marshall Mac-Luhan, a si justement appelé le «village planétaire».
Comme vous le savez, la vulgarisation des antennes paraboliques et le spectaculaire abaissement du prix des abonnements permettent, aujourd’hui, aux plus ordinaires des citoyens, aux plus humbles d’entre nous, d’accéder aux images numériques diffusées par les télévisions satellitaires. Le Ministre Bienvenue Okiemy est ici dans la salle, pour l’attester, s’il en était besoin.
Aujourd’hui, 24h sur 24, nous sommes exposés aux outrances que l’honorable Batina déplore, à juste raison! Les musiques qui exaltent la sexualité à tout vent, la bisexualité, l’hétérosexualité et l’homosexualité, et qui font l’exhibition de la pornographie, ces musiques nous sont, désormais, servies jusque dans notre intimité familiale. Presque quotidiennement. 24 heures sur 24!
Comment les diffuseurs de ces musiques et de ces images expliquent-ils ce choix pour le moins pervers, Honorable Président? A cette question, eh bien, tous répondent avec un cynisme à peine dissimulé que «le sexe, c’est tout ce qui se vend bien», que c’est le meilleur «booster» pour faire grimper les taux d’audience des chaînes de télévision et faire engranger des milliards, grâce à l’abondante publicité que cela induit.
Je dois dire que longtemps ce phénomène est resté propre aux pays occidentaux, notamment avec l’avènement de la musique pop, dans les années 60 et 70, puis avec l’explosion de la musique rap dans les années 90. Celle-ci ayant donné la parole à ceux qui en avaient été privés pendant trop longtemps, à savoir: les déshérités des banlieues des grandes métropoles du monde qu’il n’est nul besoin de citer ici.
La parole du rappeur, par exemple, a d’abord été une parole de révolte. Puis, malheureusement, elle est devenue une parole outrancière. En tout cas, c’est une parole crue, qui décrit avec violence et sans recul la misère de la banlieue, l’injustice sociale, le chômage endémique, la drogue envahissante, le sexe pervers, l’abîme moral et tant d’autres fléaux de notre époque. Ce phénomène a fait le tour du monde. Il est, hélas, arrive également ici en Afrique. A peu près au début des années 2000.
Notamment avec cette musique dite du Coupé-Décalé, inventée en Côte d’Ivoire, avec son corollaire, cette fameuse danse du Mapuka, qui est une exhibition vulgaire et forcenée du corps féminin... dans la mimique des choses indicibles.
Un peu plus tard, le «Ndombolo», avec son exubérance scénique, lui a emboîté le pas dans les deux Congo. Et, il n’y a guère longtemps, le «Kuduru» -toujours de la même veine exaspérante- a littéralement envahi l’Angola.
Mais, Honorable Président, Honorables Députés, assez curieusement, alors que les bonnes gens, alors que les personnes d’un certain âge étaient choquées par ces musiques, qui avaient quitté les écrans, pour s’offrir sur nos podiums, alors que les bonnes gens s’inquiétaient de ces musiques, eh bien, les jeunes, eux, s’en excitaient frénétiquement et en réclamaient toujours plus, lors des concerts!
Le tout dans un contexte où toute censure préventive venait d’être abolie, ce qui était, d’ailleurs, un précieux acquis démocratique. Le tout dans un contexte, Honorable Président, où la notion juridique (les juristes qu’il y a dans cette salle ne me contrediront pas); le tout dans un contexte où la notion juridique d’«atteinte aux bonnes moeurs» avait largement perdu de son contenu, tel que défini dans le Code pénal. Ce qui est, d’ailleurs, hélas, toujours le cas aujourd’hui.

Honorables Députés,

Sauf à être démagogue -mais nous le sommes pas, Monsieur le Président- je crois pouvoir dire que pour l’heure, nous ne pouvons pas grand-chose, face au phénomène pernicieux de l’envahissement de l’espace public par le sexe et ses dérivés. Personne d’ailleurs, dans aucun pays, n’a, à ce jour, encore trouvé la panacée contre le déferlement des musiques triviales véhiculées par les télévisions planétaires et reproduites sans discernement par bon nombre de nos artistes.
Recourir à la censure, -l’Honorable Batina a quand même lâché le mot-, ce serait gravement porter atteinte à la liberté des gens. De toutes les façons, ce serait illégal. Nous, nous considérons que la liberté des gens est l’une des valeurs les plus sacrées au monde.
Et puis, comme disait Montaigne, (un peu de littérature!) nous interdire une chose, c’est, au fond, nous en donner envie. Essayez donc seulement de transgresser cette liberté, Honorable Batina, vous verrez se lever contre vous et contre toute attente des légions entières de protestataires avec des gourdins (une façon de parler), à commencer sûrement par «Amnesty International», «Reporters sans frontières» et toute la flopée de ces O.n.gs dites des droits de l’homme!

Honorables Députés,
Quelle est, malgré toute la complexité de la problématique soulevée par l’Honorable Batina, quelle est, malgré tout, l’approche de notre Gouvernement?
Eh bien, notre Gouvernement a clairement fait le choix de demeurer résolument du côté de la loi, en s’interdisant toute censure préventive et en privilégiant la Pédagogie et l’Education. La solution facile -mais nous la refusons par principe- la solution facile aurait pu être de succomber à la tentation totalitaire d’interdire certains spectacles, de fermer certaines boîtes de nuit, de saisir certains C.d ou, pire, d’organiser des autodafés des clips-vidéo jugés pervers. Mais, une fois encore, tout cela aurait été contraire à la loi.
Nous avons catégoriquement refusé cette solution et nous avons choisi la pédagogie éducative. Une pédagogie persuasive, une pédagogie inlassable, en direction de nos artistes-musiciens qui se laissent aller à des outrances verbales, chaque fois qu’ils prennent le micro, en direction de nos artistes-musiciens qui se livrent à cette affligeante vulgarité vestimentaire, ce qui nous gêne tous, ou qui tombent dans le piège de ces honteux «copier-coller» qui déshonorent le métier noble qui est le leur.

Honorable Président, Honorables Députés,

Voilà, de manière ramassée, les quelques éléments d’analyse et de réponse que j’ai cru bon apporter au questionnement pertinent de l’Honorable Rehodule Batina, sur des problématiques qui sont au cœur de notre société et qui préoccupent, au plus haut point, le Ministère de la culture et des arts. Je vous remercie.

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