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Hygnas Embvani, écrivain congolais engagé auteur de deux romans : «J’écris pour exprimer des convictions, rendre ma pensée immortelle...»

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Hygnas Embvani, écrivain congolais engagé auteur de deux romans : «J’écris pour exprimer des convictions, rendre ma pensée immortelle...»
Basé depuis des années à Toulouse, surnommée «ville rose», au Sud-Ouest de la France, universitaire et ancien militant de l’U.j.s.c (Union de la jeunesse socialiste congolaise), ex-mouvement de jeunesse du P.c.t (Parti congolais du travail), le Congolais Hygnas Embvani est auteur de deux romans: «Fidel Castro, sa victoire inattendue face à l’Amérique» et «Le père, le fils et Marie» (les trois serpents qui se mordent la queue) (348 pages), publiés respectivement aux Editions de l’Onde (2011) et aux Editions Edilivre (mai 2009), à Paris. Dans l’interview qu’il nous a accordée, l’auteur parle de ses deux romans. Dans le premier, Hygnas Embvani raconte son amour et son attachement à l’œuvre de Fidel Castro et dans le deuxième, il fait allusion à la guerre de 1997 à Brazzaville, en même temps, il donne les motivations qui l’ont poussé à mettre les pieds dans les étriers de l’écriture. Vers la fin de notre entretien, l’écrivain congolais engagé de Mbon-ville, à Toulouse, parle de ses projets de romans.

Hygnas Embvani, vous êtes auteur de deux romans, qu’est-ce qui vous a motivé à mettre les pieds dans les étriers de l’écriture?

Merci bien de me donner l’occasion de m’exprimer dans les colonnes de votre journal. Je ne me suis mis à l’écriture que depuis bien peu de temps, alors que mon déclic pour cet art est bien plus ancien et date des années où j’étais élève au Lycée de la Révolution, à Brazzaville, c’est-à-dire depuis quelques années déjà. En fait, j’avais été porté par ce rêve, grâce à la passion pour la littérature d’un professeur de français qui m’avait enseigné en classe de Seconde, Monsieur Alphonse Nzanga, si mes souvenirs sont bons, que j’ai d’ailleurs perdu de vue. J’y suis grâce également, à la découverte de l’œuvre de l’écrivain Amadou Hampaté Bâ et de son constat resté célèbre: «En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Je réagis, en quelque sorte, à ce cri de cœur que je considère comme une incitation à l’écriture. J’écris donc pour exprimer des convictions, rendre ma pensée immortelle, pour partager des choses avec d’autres mais aussi, pour rapprocher les cultures en permettant aux lecteurs de communier avec d’autres civilisations en visitant des terres lointaines sans n’avoir à effectuer de voyages.

Dans votre premier roman, vous parlez de Fidel Castro et de sa victoire inattendue face à l’Amérique. De quelle victoire s’agit-il?

Il s’agit, en réalité, d’une victoire globale. J’aurais bien pu intituler cet ouvrage: «Fidel Castro, ses victoires inattendues face à l’Amérique», car ses victoires sont belles, surprenantes et très nombreuses. Et, je peux vous en citer quelques-unes:
- en décembre 1956, après un débarquement raté, par mer agitée, Fidel Castro et les 80 autres guérilleros sont accueillis sous les feux des soldats de Batista. Une quinzaine d’entre eux parmi lesquels Che Guevara, Raoul et Fidel Castro parviennent à s’échapper. Mais, après avoir reconstitué ses forces et après trois ans seulement de lutte, Fidel Castro, à la tête de l’armée rebelle, parvient à mettre en déroute une armée de plus de dix mille hommes, armée et soutenue par les Etats-Unis qui veulent empêcher l’installation d’un régime révolutionnaire à Cuba;
- en 1961, un débarquement d’environ deux mille Cubains exilés aux Etats-Unis, entraînés et armés par la C.i.a, l’Agence centrale américaine de renseignements, eut lieu à «la baie des cochons», une place de Cuba. Ils voulaient renverser le régime de Fidel Castro. Mais, après 72 heures de combats acharnés. Les troupes conduites par Fidel Castro en personne sur le champ de bataille remportèrent une victoire sur les mercenaires qui avaient reçu un entraînement aux armes dans des camps militaires américains, au Guatemala et à Porto-Rico.
Comme l’écrivait, il y a quelques années, un journal britannique, «The Guardian», pour parvenir à leur fin, les Etats-Unis, par le biais de la C.i.a, ont organisé, pendant le règne de Fidel Castro, environs 638 tentatives de meurtres -un record- contre le leader de la révolution cubaine, mais n’ont jamais pu atteindre leur but. Certaines de ses informations, telles que l’ordre d’assassiner Castro en essayant tout, du stylo-plume rempli d’encre empoisonné jusqu’au cigare explosif, donné à la C.i.a par le président Kennedy qui appliquait le plan du président Eisenhower d’envahir Cuba par la baie des cochons, figurent dans le rapport Church du congrès des Etats-Unis ,1975 comme l’écrivait le cinéaste nord-américain Mickael Moore dans son blog.
- en 1987, Fidel Castro dirigea, depuis La Havane, l’opération militaire de la célèbre bataille de Cuito Canavale, en Angola, qui opposa les forces de Savimbi équipées par les Etats-Unis et soutenues sur le terrain par les forces sud-africaines aux combattants cubains et angolais. Ce fut la plus importante bataille militaire sur le sol africain, depuis la Seconde guerre mondiale. Elle fut remportée par le M.p.l.a et les forces cubaines. Cette victoire déclencha une série de négociations qui entrainèrent le retrait des forces sud-africaines de la Namibie, faisant, de facto, de Fidel Castro, le vrai père de l’indépendance de cette ancienne colonie allemande, la Namibie, tombée aux mains de l’Afrique du Sud.

A ces victoires militaires, il faut, également, ajouter des victoires d’ordre politique, car malgré leur influence sur la scène internationale, les Etats-Unis n’ont jamais réussi à isoler Cuba qui, malgré les pressions exercées par Washington sur les capitales de nombreux pays, compte toujours beaucoup d’alliés de par le monde. Et même sur le continent américain, après avoir été exclu de l’Organisation des Etats américains (O.e.a) en 1962, la résolution adoptée en juin 2009 par l’assemblée générale déclare «sans effet» -sous la pression des pays progressistes du sous-continent sud-américain- celle qui avait exclu Cuba en 1962, lorsqu’en pleine guerre froide, l’O.e.a jugeait le régime communiste de Fidel Castro incompatible avec le système interaméricain.
Sur le plan diplomatique, nous ne pouvons pas ne pas souligner les soutiens importants des personnalités dont la notoriété est mondialement reconnue, telles que Nelson Mandela ou encore Miguel d’Escoto Drockman, président de la 63ème session de l’assemblée générale de l’Onu (septembre 2008 à septembre 2009).
Aussi, au cours de ces vingt dernières années, l’assemblée générale des Nations unis a condamné vingt fois successives, les Etats-Unis pour son embargo contre Cuba. En 2011, 186 pays avaient voté contre cet embargo et seuls les Etats-Unis et Israël avaient émis un vote différent.

Si dans «Fidel Castro», vous évoquez sa victoire devant la grande puissance mondiale, par contre, dans «Le père, le fils et Marie» vous faites allusion à la guerre civile de 1997 qui a mis Brazzaville à feu et à sang. L’histoire se rapporte à la vie d’un journaliste amoureux certainement d’une femme en pleine crise armée. Quel est le fond de ce message?

Dans le premier roman, le message est exclusivement politique et je pense qu’il s’agit d’une prise de position claire, sans ambiguïté aucune. Ce message est l’expression de ma fidélité aux idéaux qui ont construit ma vision politique demeurée inaltérable, malgré les assauts répétés de la pensée unique mondialisée qui, de nos jours, assèche la réflexion, aliène les esprits et assiège les consciences.
Dans mon deuxième roman, «Le père, le fils et Marie», le but initial était de célébrer la beauté du métissage engendré par le croisement des races. A ce titre, on peut aussi considérer cet hommage au métissage comme étant un message politique qui s’inscrit dans la lutte contre le racisme, à une période de l’histoire où la crise économique mondiale aidant, ce phénomène, tout comme la xénophobie et le nationalisme primitif, gagne excessivement du terrain, surtout dans les pays européens.

Est-ce qu’on peut être en droit de dire que dans ces deux romans, le message que vous adressez à vos lecteurs est politique?

Dans le premier roman, le message ne peut être perçu autrement que sur un prisme politique, puisque Fidel Castro, le héros, au sens littéraire du terme, est l’un des géants de l’histoire du monde du XXème siècle «qui a fait de ses combats la plus palpitante des sagas» et qui a, par là même, marqué nos destins. Car, souvenez-vous de l’intervention victorieuse des troupes cubaines en Angola aux côtés du M.p.l.a et de l’armée angolaise et qui permit de stopper l’avancée, vers Luanda, des forces de l’Unita de Jonas Savimbi équipée par les Américains et soutenues par les forces militaires et réactionnaires du gouvernement d’apartheid sud-africain? A l’époque, notre pays, le Congo, soutenait les mouvements de libération (l’A.n.c, la Swapo et le M.p.l.a). Il est clair que sans l’intervention des Cubains, le M.p.l.a aurait perdu et par la même occasion, l’armée sud-africaine se serait rapprochée dangereusement de notre pays. De là, en guise de vengeance, elle aurait pu mener des agressions permanentes contre le Congo, pour son soutien idéologique et matériel à ces mouvements de libération. Cette situation aurait pu, sans aucun doute, redéfinir le destin de chacun de nous. Là, je suis peut-être dans un champ de la fiction politique, mais la réalité aurait pu être celle-là.
En ce qui concerne le deuxième roman, vous remarquerez que sur environ 350 pages que compte ce roman, la guerre civile de 1997, qui mit le Congo à feu et à sang, n’est abordée que sur une quinzaine de pages. Mais, cela ne veut pas dire que c’est un détail dans ce livre, bien au contraire, la quantité de mots n’enlevant rien à la profondeur du message que je voulais faire passer: l’homme politique doit comprendre que l’intérêt général doit être au dessus des intérêts particuliers et que les conflits ou différends politiques ne doivent, en aucun cas, être réglés que par le dialogue et la concertation et que lorsque tous les moyens seront épuisés, y compris celui-ci, il restera encore le dialogue et la concertation et le compromis. Donc, ne jamais se saisir des armes, pour viser ces propres compatriotes.
L’histoire des nations nous enseigne qu’aucune guerre civile n’a jamais apporté développement et prospérité à un peuple. Bien au contraire, puisque ses dégâts humains sont irréparables et ses conséquences matériels, socio-économiques et morales douloureusement surmontables.

Parce que vous-même, vous êtes un homme politique pour aborder la question sous cet angle?

Si votre question est de savoir si je suis un homme politique au sens politicien du terme, ma réponse est non, car je n’ai pas de mandat électif et je ne suis pas non plus encarté dans un parti politique, même si je l’ai longtemps été par le passé. Je suis, en revanche, un libre penseur engagé, épris de solidarité et de justice sociale qui, par ses participations à des forums et à des débats, a toujours su entretenir les liens avec les forces politiques agissantes. Par ailleurs, la seule activité du terrain qui m’occupe, actuellement, c’est l’action syndicale.
Mais, si en revanche, à travers votre question, vous voulez savoir si un jour j’aurais un investissement politique sur le terrain, je vous dis que tout reste ouvert. Je pourrais être tenté par une décision de prendre date avec l’histoire, en me soumettant au suffrage universel, dans une élection locale au Congo. Pour l’heure, je n’exclue rien. Je pense encore avoir du temps pour cela, même si je sais que le temps politique n’est pas le même que le temps des hommes. J’étudie aussi la proposition qui m’a été faite, de figurer sur une liste aux prochaines élections municipales, dans la petite localité où j’habite et, pour l’instant, je réserve ma réponse.

Avez-vous d’autres projets d’écriture?

Oui, les projets d’écriture, ce n’est pas ce qui me manque. Il me manque, surtout, le temps, car je dois écrire le soir, en rentrant du travail, ou le week-end, alors que ce n’est pas forcément le moment où on a de l’inspiration. Mais, j’essaie de mener à bien mes projets. Mon prochain livre, qui est en cours d’édition, sortira dans environ un mois je crois. J’ai commencé l’écriture de mon quatrième roman, pour lequel le scénario est bien achevé dans mon esprit et encore là, c’est le manque de temps qui ralentit mes travaux.

Propos recueillis par
Pascal NGALIBO-YALA

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