Brazzaville, (Starducongo.com) - Dans le cadre des "jeudis littéraire", une activité qu’organise le Forum des Gens de Lettres en partenariat avec l’institut français du Congo, l’écrivain congolais, Ernest Bompoma a été face au public le 04 décembre 2014 dans le hall dudit institut pour la présentation de son recueil de nouvelles intitulé « Le Chaos ». Le livre a été tour à tour présenté par Jessy Loemba ainsi que par deux critiques littéraires, Rosin Loemba et Léogène Massala.

Aussi vrai que l’écriture est la voix de la pensée, expression canonique de notre monde interne et externe, et miroir de nos réalités passées ou actuelles voire même la projection du futur, il importe donc de la cerner comme étant un moyen permettant à l’écrivain de prendre et de faire prendre conscience du destin à la fois individuel et collectif. Car l’un des rôles de la littérature est de susciter l’esprit critique, d’analyse, d’appréhension et de compréhension du monde ou de l’univers qui nous entoure. C’est autant sinon dire qu’il s’agit là de guérir les maux par les mots, une sorte de cure qui nous rend aussi salubre que libre. Ecrire et d’écrire l’existence dans sa complexité – en ce que les hommes ont de conflictuel, d’injustice sociale ou de lutte ferme – sont ceux auxquels s’emploient les écrivains de manière général dans l’optique même de rendre perceptible l’imperceptible, il s’agit de se libérer des tourments et des émotions obsessionnelles. C’est sans nul doute la perspective dans laquelle s’inscrit l’écrivain congolais Ernest Bompoma à travers son ouvrage intitulé Le Chaos, lequel constitue ici et maintenant la toile de fond de notre réflexion. Il s’agit de voir en cette œuvre composée de huit nouvelles, à savoir « un voyage ennuyeux », « La chorale de papa national », « le pasteur au slip léger », « le soleil assassiné », « monsieur le ministre », « la honte de naitre », « un paradis sans nom »,et la « particulière », une autopsie de la conscience humaine, c’est-à-dire, une cure de l’être pensant condamné consciemment ou inconsciemment à l’immoralité ou l’amoralité, à la perversion ou à l’aversion, à la désillusion ou à la mégalomanie. Ici l’autopsie traduit la volonté qu’a l’auteur de moucharder l’acrimonie, l’antipathie, le sadisme, l’opacité, bref toute pensée condamnant l’Homme au sens large, à la dérision, et à la folie pour justement penser une autre forme d’humanité inhérente à sa réhabilitation psycho-sociale. Autrement dit, il part du postulat fictionnel, puisqu’il en est ainsi de l’architextualité, teinté d’ironie, pour engendrer la lumière et participer au changement des mentalités : pure et totale métamorphose optimale du bien être social. Dès lors, quelles connotations peut-on donner à ce titre? Comment se déploient et quels sont les secteurs touchés par ces situations chaotiques ? Et enfin, que propose l’auteur pour remédier aux différents types de chaos énoncés dans son livre ? Tels sont les axes qui sous-tendent notre itinéraire scientifique.
Le régime titulaire du Chaos révèle d’emblée sa métaphoricité du point de vue de ses significations tout au long du texte. Et à l’auteur tout comme à l’éditeur d’y joindre une image présentant un verre en éclat brisé. C’est là l’image du vide existentiel, du trouble, de l’impasse ou encore de toute pensée destructrice. Car comme on le sait, le chaos c’est le désordre, la confusion, la désorganisation ; et tout cela trouve autant de significations dans les huit nouvelles. C’est justement ce que Gérard Genette qualifie de titre thématique du fait de sa corrélation avec l’unicité thématique du texte tout entier.
Cet ouvrage regorge en son sein une portée apocalyptique de l’existence. Il s’agit de l’effondrement de toute valeur morale et sociétale, une sorte d’existence de l’inexistence qui confronte l’homme au sens large à l’illogique et l’alogique, la déraison s’instaure au même titre que la raison pour enfin le plonger dans un destin infernal. Ici, l’homme est avant tout son propre loup avant de l’être pour son alter égo, c’est-à-dire l’auto-destruction et l’hétéro-destruction massive du sens de la morale de Soi à l’Autre, d’où l’ignorance, la naïveté, la pleutrerie, la ladrerie tout comme la palinodie apparaissent comme les points culminants de ce chaos.
Effectivement, en attribuant à son livre une telle identification titrologique, Ernest Bompoma agit en psychanalyste, tout simplement pour sauver l’homme dépourvu du bon sens. Cet esprit salvateur, bien qu’agissant de plain-pied avec l’ironie socratique, s’illustre par exemple dans la nouvelle intitulée « Monsieur le ministre ». En effet cette nouvelle rend compte de la naïveté de l’homme politique et montre à quel point la raison de celui-ci s’étiole dans les pensées superstitieuses. En d’autres termes, cette nouvelle, partagée entre le fantastique et le réalisme magique, traduit avec force le coté caché de nos hommes politiques, surtout ceux dont la boulimie tout comme le mercantilisme sont corolaires, se livrent à des pratiques occultes, magiques, et fétichiste pour le maintien de leur poste ministériel. Ici, le narrateur présente un ministre qui pour sauvegarder sa place au gouvernement est contraint de perdre sa dignité, puisque le ventre toujours nous trahit, il s’engage dans des voies obscures, multiplie les féticheurs et se fait même auteur de nombreux décès au sein de sa famille. Son sort partira du fait qu’il fera un tour de lit avec l’une des maitresses de son chef hiérarchique. Son sortilège lui fera ainsi prendre conscience au point de faire son mea culpa, étant donné que le récit est émis sous l’ongle homodiégétique. Ainsi écrit-il :
« Mon fils, je t’ai fait part de ce que j’avais vécu en tant que monsieur le ministre qui avait une croix qu’il était obligé de porter contre sa bonne volonté. C’est bien de vouloir être ministre, mais dans un pays où le critère d’excellence n’a pour fondement que l’irréel, l’illogique, l’abstrait…, bref le subjectivisme, tu seras dans l’obligation de courir derrière des gens qui en réalité, sont à l’opposé du monde dans lequel tu te trouves »
En s’appuyant sur cet extrait, il y a lieu de voir en l’écriture d’Ernest Bompoma, une porté provocatrice, il s’agit là d’une satire. Dans une limpidité stylistique, il peint des faits poignants, des réalités cinglantes. En réalité, il y a une folie dans cette écriture. L’auteur décrit les faits dans toute leur cruauté et leur crudité. Et cette cruauté verbale, le rapproche sans nul doute de Gabriel Garcia Marquez et de Sony Labou Tansi. Car autant que Cent ans de solitude, Mémoires de mes putains tristes, ou encore La Vie et demie et L’Etat honteux, Le Chaos fait l’apologie du style simple et direct en chargeant les termes d’une polysémie virulente et déchirante. Ernest Bompoma emploie des mots-massues, des mots aussi amers que la nivaquine, des mots provocateurs. C’est d’ailleurs ce qui se dégage de la nouvelle intitulée « Le pasteur au slip léger ».Ce titre aux allures blasphématoires témoigne en quelque sorte de la rébellion de l’auteur, mais une rébellion qui fustige contre tous les lions de la politique et de la religion. Ici la parole prophétique sert d’appât au pasteur pour atteindre sa cible. Le pasteur qui profitant de la naïveté des fidèles -puisque la foi se veut être affolante- et au nom du ciel qui lui sert de prétexte, il convoite les plus charmantes de ses fidèles, en fait ses femmes et sans vergogne, fait du corps de la femme sa seconde religion et de la femme elle-même un être-chose. En témoignent les extraits ci-après :
« Il était irrésistible. Car, c’était même une fierté pour les mamans fidèles, surtout les demoiselles, d’avoir connu la nudité de Puissance. »
« Monsieur Puissance excella dans sa sexologie. Il entreprit la location d’un studio bien aménagé pour recevoir toutes ses concubines ; car, le passage dans les chambres d’hôtel l’exposait aux regards indiscrets. »
Ces deux extraits montrent à quel point la vraie religion ne résiderait pas dans les paroles flatteuses, c’est autant dénoncer la naïveté de l’homme chrétien.
L’auteur tend à montrer aussi le rapport qui existe entre le pouvoir et la femme. Car dans « monsieur le ministre » tout comme dans « la particulière », le politique fait de toutes les belles femmes les sienne. Il montre également la relation qui se crée entre un directeur et sa particulière. La particulière est donc cette partie secrète du chef, sa source intarissable de plaisir.
En définitive, l’autopsie de la conscience dans la mesure où ce livre détermine les causes de l’effondrement de celle-ci et de l’humanité. Etant donné qu’une autopsie consiste à examiner un cadavre dans l’idée de déterminer les causes de sa mort, Le Chaos s’énonce connotativement comme une autopsie de consciences (conscience morale, conscience de soi et de l’autre). Le Chaos se révèle ainsi à tous les niveaux, c’est La Chute ,c’est le monde qui s’effondre, c’est une vie et demie où tout est sur la braise. C’est comme nous l’avons dit supra, la dénonciation d’un monde apocalyptique.
Rosin Loemba,
Ecrivain et critique littéraire
Le régime titulaire du Chaos révèle d’emblée sa métaphoricité du point de vue de ses significations tout au long du texte. Et à l’auteur tout comme à l’éditeur d’y joindre une image présentant un verre en éclat brisé. C’est là l’image du vide existentiel, du trouble, de l’impasse ou encore de toute pensée destructrice. Car comme on le sait, le chaos c’est le désordre, la confusion, la désorganisation ; et tout cela trouve autant de significations dans les huit nouvelles. C’est justement ce que Gérard Genette qualifie de titre thématique du fait de sa corrélation avec l’unicité thématique du texte tout entier.
Cet ouvrage regorge en son sein une portée apocalyptique de l’existence. Il s’agit de l’effondrement de toute valeur morale et sociétale, une sorte d’existence de l’inexistence qui confronte l’homme au sens large à l’illogique et l’alogique, la déraison s’instaure au même titre que la raison pour enfin le plonger dans un destin infernal. Ici, l’homme est avant tout son propre loup avant de l’être pour son alter égo, c’est-à-dire l’auto-destruction et l’hétéro-destruction massive du sens de la morale de Soi à l’Autre, d’où l’ignorance, la naïveté, la pleutrerie, la ladrerie tout comme la palinodie apparaissent comme les points culminants de ce chaos.
Effectivement, en attribuant à son livre une telle identification titrologique, Ernest Bompoma agit en psychanalyste, tout simplement pour sauver l’homme dépourvu du bon sens. Cet esprit salvateur, bien qu’agissant de plain-pied avec l’ironie socratique, s’illustre par exemple dans la nouvelle intitulée « Monsieur le ministre ». En effet cette nouvelle rend compte de la naïveté de l’homme politique et montre à quel point la raison de celui-ci s’étiole dans les pensées superstitieuses. En d’autres termes, cette nouvelle, partagée entre le fantastique et le réalisme magique, traduit avec force le coté caché de nos hommes politiques, surtout ceux dont la boulimie tout comme le mercantilisme sont corolaires, se livrent à des pratiques occultes, magiques, et fétichiste pour le maintien de leur poste ministériel. Ici, le narrateur présente un ministre qui pour sauvegarder sa place au gouvernement est contraint de perdre sa dignité, puisque le ventre toujours nous trahit, il s’engage dans des voies obscures, multiplie les féticheurs et se fait même auteur de nombreux décès au sein de sa famille. Son sort partira du fait qu’il fera un tour de lit avec l’une des maitresses de son chef hiérarchique. Son sortilège lui fera ainsi prendre conscience au point de faire son mea culpa, étant donné que le récit est émis sous l’ongle homodiégétique. Ainsi écrit-il :
« Mon fils, je t’ai fait part de ce que j’avais vécu en tant que monsieur le ministre qui avait une croix qu’il était obligé de porter contre sa bonne volonté. C’est bien de vouloir être ministre, mais dans un pays où le critère d’excellence n’a pour fondement que l’irréel, l’illogique, l’abstrait…, bref le subjectivisme, tu seras dans l’obligation de courir derrière des gens qui en réalité, sont à l’opposé du monde dans lequel tu te trouves »
En s’appuyant sur cet extrait, il y a lieu de voir en l’écriture d’Ernest Bompoma, une porté provocatrice, il s’agit là d’une satire. Dans une limpidité stylistique, il peint des faits poignants, des réalités cinglantes. En réalité, il y a une folie dans cette écriture. L’auteur décrit les faits dans toute leur cruauté et leur crudité. Et cette cruauté verbale, le rapproche sans nul doute de Gabriel Garcia Marquez et de Sony Labou Tansi. Car autant que Cent ans de solitude, Mémoires de mes putains tristes, ou encore La Vie et demie et L’Etat honteux, Le Chaos fait l’apologie du style simple et direct en chargeant les termes d’une polysémie virulente et déchirante. Ernest Bompoma emploie des mots-massues, des mots aussi amers que la nivaquine, des mots provocateurs. C’est d’ailleurs ce qui se dégage de la nouvelle intitulée « Le pasteur au slip léger ».Ce titre aux allures blasphématoires témoigne en quelque sorte de la rébellion de l’auteur, mais une rébellion qui fustige contre tous les lions de la politique et de la religion. Ici la parole prophétique sert d’appât au pasteur pour atteindre sa cible. Le pasteur qui profitant de la naïveté des fidèles -puisque la foi se veut être affolante- et au nom du ciel qui lui sert de prétexte, il convoite les plus charmantes de ses fidèles, en fait ses femmes et sans vergogne, fait du corps de la femme sa seconde religion et de la femme elle-même un être-chose. En témoignent les extraits ci-après :
« Il était irrésistible. Car, c’était même une fierté pour les mamans fidèles, surtout les demoiselles, d’avoir connu la nudité de Puissance. »
« Monsieur Puissance excella dans sa sexologie. Il entreprit la location d’un studio bien aménagé pour recevoir toutes ses concubines ; car, le passage dans les chambres d’hôtel l’exposait aux regards indiscrets. »
Ces deux extraits montrent à quel point la vraie religion ne résiderait pas dans les paroles flatteuses, c’est autant dénoncer la naïveté de l’homme chrétien.
L’auteur tend à montrer aussi le rapport qui existe entre le pouvoir et la femme. Car dans « monsieur le ministre » tout comme dans « la particulière », le politique fait de toutes les belles femmes les sienne. Il montre également la relation qui se crée entre un directeur et sa particulière. La particulière est donc cette partie secrète du chef, sa source intarissable de plaisir.
En définitive, l’autopsie de la conscience dans la mesure où ce livre détermine les causes de l’effondrement de celle-ci et de l’humanité. Etant donné qu’une autopsie consiste à examiner un cadavre dans l’idée de déterminer les causes de sa mort, Le Chaos s’énonce connotativement comme une autopsie de consciences (conscience morale, conscience de soi et de l’autre). Le Chaos se révèle ainsi à tous les niveaux, c’est La Chute ,c’est le monde qui s’effondre, c’est une vie et demie où tout est sur la braise. C’est comme nous l’avons dit supra, la dénonciation d’un monde apocalyptique.
Rosin Loemba,
Ecrivain et critique littéraire
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