
PARIS (Reuters) - La scène se passe en juin 2010 en Californie, deux mois après la sortie du premier iPad. Invité à une conférence sur les technologies, Steve Jobs, frêle et émacié, prédit le déclin inéluctable des ordinateurs traditionnels au profit des tablettes tactiles.
"Quand nous étions une nation agraire, toutes les voitures étaient des camions, parce que c'est ce dont on avait besoin à la ferme", explique-t-il. "Mais à partir du moment où les véhicules ont commencé à être utilisés dans les villes, les voitures sont devenues plus populaires. Les PC vont connaître le même sort que les camions. Ils seront toujours là (...) mais ils seront utilisés par une personne sur dix".
A l'époque, la vision du défunt patron d'Apple fait sourire. Le fondateur d'Acer, Stan Shih, juge par exemple que "les tablettes sont un effet de mode".
Deux ans plus tard, la prédiction ne fait plus débat: l'accès aux contenus multimédias et la navigation sur internet ne sont plus l'apanage des PC. L'année 2012 aura ainsi consacré le raz-de-marée des appareils mobiles au détriment du PC.
Et cette transition n'a pas fait que des gagnants: Hewlett-Packard a ainsi englouti en vain plus d'un milliard de dollars dans le rachat de Palm sans parvenir à prendre pied sur le marché de la mobilité et a finalement jeté l'éponge en début d'année.
Les marques japonaises comme Sony, autrefois championnes de l'électronique grand public, n'ont semble-t-il rien vu venir.
Pire: le géant des puces Intel, incontournable sur le marché du PC, ne dispose que de 1% de part de marché dans les smartphones. Un échec qui a coûté son poste à son PDG, Paul Otellini, aujourd'hui sur le départ.
De fait, de HP à Dell en passant par Lenovo ou AMD, tous les grands acteurs de PC ont publié au cours de cette année des résultats décevants liés à la faiblesse de la demande pour les ordinateurs.
PREMIER RECUL DES VENTES DE PC
Les grands cabinets d'études spécialisés Gartner et IDC, estiment qu'il devrait s'écouler cette année 570 millions de smartphones et 120 millions de tablettes dans le monde.
En comparaison, les ventes d'ordinateurs devraient accuser leur première baisse depuis 2001, à 348,7 millions d'unités contre 352,8 millions l'année dernière, selon le cabinet IHS iSuppli.
Avec 21,5 millions de tablettes attendues aux Etats-Unis au quatrième trimestre contre 14,6 millions d'ordinateurs portables, les courbes devraient même se croiser pour la première fois, prédit le cabinet NPD Displaysearch.
Sur ce marché, Apple conserve en 2012 une place de choix grâce au lancement de l'iPhone 5 et de l'iPad mini. Mais le groupe à la pomme est désormais sur la défensive. Samsung, dont les terminaux sont équipés du système Android de Google, est devenu cette année numéro un mondial des smartphones.
APPLE ATTAQUÉ SUR TOUS LES FRONTS
Preuve de sa nouvelle humilité, Apple s'est fendu cette année -une première-, d'une lettre d'excuses en raison des errances de Plans, son service de cartographie lancé avec l'iPhone 5, qui a suscité l'ire des consommateurs et les moqueries de la concurrence.
Assailli de toutes parts (matériel, système, applications et services), Apple doit composer également avec une nouvelle donne. La marque à la pomme n'a plus le monopole de l'intégration verticale, qui lui permet de tout concevoir et contrôler, du design des produits aux tarifs des contenus. Google s'est offert Motorola Mobility et Microsoft s'est lancé dans le matériel avec sa propre tablette Surface équipée de Windows.
En outre son iPad mini, proposé à 339 euros, doit affronter les tablettes Kindle Fire HD d'Amazon et Nexus 7 de Google, vendues à moins de 200 euros.
"Avec des marges proches de zéro, (ces appareils) sont de vrais défis lancés à Apple", relève le cabinet JMP Securities.
Résultat, la part de marché d'Apple sur les tablettes devrait reculer cette année à 53,8% contre 56,3% en 2011, tandis celle d'Android passera de 39,8% à 42,7%, selon IDC.
GUERRE DES BREVETS
Cette concurrence exacerbée va aussi relancer la guerre des brevets, devenus une arme permettant de bloquer la vente des produits rivaux.
De fait, quasiment tous les acteurs du secteur s'accusent mutuellement de violation de brevets, si bien que la passe d'arme entre Apple et Samsung a atteint des sommets en 2012. La justice américaine a condamné en août le groupe sud-coréen à verser 1,051 milliard de dollars à Apple.
Pour les experts, si ce jugement était confirmé en appel, il pourrait avoir des répercussions d'envergure, obligeant les sociétés qui utilisent Android à revoir leur stratégie.
Car, derrière les brevets, se cache en fait la bataille des écosystèmes qui permettra au gagnant de contrôler le marché des développeurs d'applications, la distribution des contenus, la publicité et les recettes futures du secteur.
Google, Apple, Microsoft, ainsi que dans une moindre mesure Amazon et RIM, ont tous bâti des plates-formes dont le consommateur pourra difficilement s'affranchir.
Les logiciels et services achetés sur l'une des plates-formes ne peuvent généralement pas être transférés sur une autre, obligeant le client à réinvestir pour passer d'un iPhone à un Galaxy de Samsung ou un Lumia de Nokia sous Windows Phone.
"CLOUD" ET 4G EN 2013
D'autant qu'avec la démocratisation prévue en 2013 du "cloud computing", l'informatique dématérialisée, les consommateurs seront plus que jamais dépendants de ces géants pour le stockage de leurs données ou des services exécutés à distance.
Selon les spécialistes, le "cloud" et les réseaux de quatrième génération (4G) -dix fois plus rapide que la 3G- vont accentuer la mutation vers l'informatique mobile.
Déjà en service aux Etats-Unis et en Asie, la 4G est attendue à grande échelle en France l'année prochaine.
Une étude de l'université de Stanford publiée en décembre indique que l'internet mobile représente déjà 13% du trafic mondial contre 1% en 2009.
D'ici deux ans, cette tendance devrait s'accélérer car dans des pays comme l'Inde ou la Chine, on surfe davantage avec un appareil mobile qu'un PC.
Symbole des nouveaux usages et du cloud, Facebook dit tirer déjà 14% de ses recettes publicitaires des supports mobiles.
Le réseau social est entré en Bourse en mai avec une valorisation de 104 milliards de dollars, l'une des plus importantes de l'histoire des Etats-Unis.
Fortement malmené à ses débuts, le titre a regagné ces derniers la faveur des investisseurs, qui veulent voir dans le succès du réseau social la promesse d'une nouvelle ère: celle de la mobilité.
Edité par Marc Angrand
"Quand nous étions une nation agraire, toutes les voitures étaient des camions, parce que c'est ce dont on avait besoin à la ferme", explique-t-il. "Mais à partir du moment où les véhicules ont commencé à être utilisés dans les villes, les voitures sont devenues plus populaires. Les PC vont connaître le même sort que les camions. Ils seront toujours là (...) mais ils seront utilisés par une personne sur dix".
A l'époque, la vision du défunt patron d'Apple fait sourire. Le fondateur d'Acer, Stan Shih, juge par exemple que "les tablettes sont un effet de mode".
Deux ans plus tard, la prédiction ne fait plus débat: l'accès aux contenus multimédias et la navigation sur internet ne sont plus l'apanage des PC. L'année 2012 aura ainsi consacré le raz-de-marée des appareils mobiles au détriment du PC.
Et cette transition n'a pas fait que des gagnants: Hewlett-Packard a ainsi englouti en vain plus d'un milliard de dollars dans le rachat de Palm sans parvenir à prendre pied sur le marché de la mobilité et a finalement jeté l'éponge en début d'année.
Les marques japonaises comme Sony, autrefois championnes de l'électronique grand public, n'ont semble-t-il rien vu venir.
Pire: le géant des puces Intel, incontournable sur le marché du PC, ne dispose que de 1% de part de marché dans les smartphones. Un échec qui a coûté son poste à son PDG, Paul Otellini, aujourd'hui sur le départ.
De fait, de HP à Dell en passant par Lenovo ou AMD, tous les grands acteurs de PC ont publié au cours de cette année des résultats décevants liés à la faiblesse de la demande pour les ordinateurs.
PREMIER RECUL DES VENTES DE PC
Les grands cabinets d'études spécialisés Gartner et IDC, estiment qu'il devrait s'écouler cette année 570 millions de smartphones et 120 millions de tablettes dans le monde.
En comparaison, les ventes d'ordinateurs devraient accuser leur première baisse depuis 2001, à 348,7 millions d'unités contre 352,8 millions l'année dernière, selon le cabinet IHS iSuppli.
Avec 21,5 millions de tablettes attendues aux Etats-Unis au quatrième trimestre contre 14,6 millions d'ordinateurs portables, les courbes devraient même se croiser pour la première fois, prédit le cabinet NPD Displaysearch.
Sur ce marché, Apple conserve en 2012 une place de choix grâce au lancement de l'iPhone 5 et de l'iPad mini. Mais le groupe à la pomme est désormais sur la défensive. Samsung, dont les terminaux sont équipés du système Android de Google, est devenu cette année numéro un mondial des smartphones.
APPLE ATTAQUÉ SUR TOUS LES FRONTS
Preuve de sa nouvelle humilité, Apple s'est fendu cette année -une première-, d'une lettre d'excuses en raison des errances de Plans, son service de cartographie lancé avec l'iPhone 5, qui a suscité l'ire des consommateurs et les moqueries de la concurrence.
Assailli de toutes parts (matériel, système, applications et services), Apple doit composer également avec une nouvelle donne. La marque à la pomme n'a plus le monopole de l'intégration verticale, qui lui permet de tout concevoir et contrôler, du design des produits aux tarifs des contenus. Google s'est offert Motorola Mobility et Microsoft s'est lancé dans le matériel avec sa propre tablette Surface équipée de Windows.
En outre son iPad mini, proposé à 339 euros, doit affronter les tablettes Kindle Fire HD d'Amazon et Nexus 7 de Google, vendues à moins de 200 euros.
"Avec des marges proches de zéro, (ces appareils) sont de vrais défis lancés à Apple", relève le cabinet JMP Securities.
Résultat, la part de marché d'Apple sur les tablettes devrait reculer cette année à 53,8% contre 56,3% en 2011, tandis celle d'Android passera de 39,8% à 42,7%, selon IDC.
GUERRE DES BREVETS
Cette concurrence exacerbée va aussi relancer la guerre des brevets, devenus une arme permettant de bloquer la vente des produits rivaux.
De fait, quasiment tous les acteurs du secteur s'accusent mutuellement de violation de brevets, si bien que la passe d'arme entre Apple et Samsung a atteint des sommets en 2012. La justice américaine a condamné en août le groupe sud-coréen à verser 1,051 milliard de dollars à Apple.
Pour les experts, si ce jugement était confirmé en appel, il pourrait avoir des répercussions d'envergure, obligeant les sociétés qui utilisent Android à revoir leur stratégie.
Car, derrière les brevets, se cache en fait la bataille des écosystèmes qui permettra au gagnant de contrôler le marché des développeurs d'applications, la distribution des contenus, la publicité et les recettes futures du secteur.
Google, Apple, Microsoft, ainsi que dans une moindre mesure Amazon et RIM, ont tous bâti des plates-formes dont le consommateur pourra difficilement s'affranchir.
Les logiciels et services achetés sur l'une des plates-formes ne peuvent généralement pas être transférés sur une autre, obligeant le client à réinvestir pour passer d'un iPhone à un Galaxy de Samsung ou un Lumia de Nokia sous Windows Phone.
"CLOUD" ET 4G EN 2013
D'autant qu'avec la démocratisation prévue en 2013 du "cloud computing", l'informatique dématérialisée, les consommateurs seront plus que jamais dépendants de ces géants pour le stockage de leurs données ou des services exécutés à distance.
Selon les spécialistes, le "cloud" et les réseaux de quatrième génération (4G) -dix fois plus rapide que la 3G- vont accentuer la mutation vers l'informatique mobile.
Déjà en service aux Etats-Unis et en Asie, la 4G est attendue à grande échelle en France l'année prochaine.
Une étude de l'université de Stanford publiée en décembre indique que l'internet mobile représente déjà 13% du trafic mondial contre 1% en 2009.
D'ici deux ans, cette tendance devrait s'accélérer car dans des pays comme l'Inde ou la Chine, on surfe davantage avec un appareil mobile qu'un PC.
Symbole des nouveaux usages et du cloud, Facebook dit tirer déjà 14% de ses recettes publicitaires des supports mobiles.
Le réseau social est entré en Bourse en mai avec une valorisation de 104 milliards de dollars, l'une des plus importantes de l'histoire des Etats-Unis.
Fortement malmené à ses débuts, le titre a regagné ces derniers la faveur des investisseurs, qui veulent voir dans le succès du réseau social la promesse d'une nouvelle ère: celle de la mobilité.
Edité par Marc Angrand
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