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Patrick Eric Mampouya : « Une psychose s'est installée à Brazzaville»

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Congo, (Starducongo.com) - Militant politique de longue date, Patrick Eric Mampouya revient sur la tragique journée du 16 décembre 2013 et le climat qui règne actuellement à Brazzaville. Il est interrogé dans le cadre d’une série d’entretiens que nous réalisons avec les acteurs politiques et associatifs de tout bord sur les questions d’actualité.
Patrick Eric Mampouya : « Une psychose s'est installée à Brazzaville»
Starducongo.com : La journée du 16 décembre a été marquée par un violent accrochage entre les forces publiques et la garde du colonel Ntsourou. Comment les Congolais ont-ils vécu cette journée ?

La journée du 16 décembre 2013 n'est que l'arbre qui cache une forêt nommée Congo Brazzaville, qui est en réalité un pays hyper militarisé, hyper sécurisé. Je m'explique, nous sommes encore, un des rares pays au monde dans lequel chaque déplacement du Président de la République est précédé et suivi d'un déploiement des hommes en armes de guerre et des véhicules blindés. Nous sommes un des rares pays au monde où des hautes personnalités civiles et militaires disposent chacune d'au moins une dizaine "d'éléments armés et de convois d'hommes en armes" et cela de manière ostentatoire.

Bien entendu, plus d'une année après mon retour définitif dans notre pays, ces hommes en tenue de combat, armés jusqu’aux dents qu’on croise à presque chaque coin de rue est un spectacle affligeant, même ceux de mes compatriotes qui n’ont jamais quitté le pays ne s’accommodent pas de ce spectacle, tout ce déploiement de force à toute heure du jour ou de la nuit montre que le Congo Brazzaville est un pays instable. Si vous rajoutez à cela les exactions dont sont quotidiennement coupables les populations de la part de ces forces armées, vous comprenez qu’on est ici dans un pays pas normal; le nombre exponentiel d’agents censés assuré la sécurité est de facto insécurisant.

La journée du 16 décembre 2013 est malheureusement un énième traumatisme vécu par les Congolais. Du ciel comme par terre, ils ont vu se déferler des hommes en armes, véhicules blindés et hélicoptères de combat ; une violence inouïe au centre-ville dès les premières heures du matin.
L'incident de la veille, le 15 décembre 2013, laissait présager une journée de violences le lundi suivant, je dirais pour les initiés, ceux qui s'intéressent à la chose publique. Seulement, nombreux ont été surpris par la sauvagerie de l’attaque, les moyens déployés pour capturer un individu dont les domiciles avaient copieusement été perquisitionnés lors de son incarcération (on se demande d’ailleurs où a t-il pu trouver les armes en si peu de temps), d'autres pris au piège d'une "opération de police" qui en réalité était une opération préméditée, (je le crois) de longue date.

Cris par ici, bousculades par là, courses poursuites, coup de fil aux familles, des écoles, lycées et université de Brazzaville se sont vidés en quelques heures. Bref, une panique généralisée qui a eu pour conséquence des enfants égarés, la fermeture des administrations des écoles, des entreprises des magasins etc.
Plus grave, nous avons été informés des décès liés aux traumatismes psychologiques. Le décès du célèbre propriétaire d'un bar dancing à Talangai, monsieur LOUAMI qui a trouvé la mort à la suite d'un arrêt cardiaque. Nos hôpitaux ne disposant pas de statistiques, nous ne pourrons faire un bilan fiable des dégâts collatéraux liés à cette tragique journée du 16 décembre 2013. Le Congo va mal c’est certain !

Starducongo.com : Peut-on aujourd’hui dire que la tension a vraiment baissé et que la vie a repris son cours normal à Brazzaville ?

Malheureusement non. Une psychose s'est installée dans Brazzaville. Cela peut s'expliquer de la manière suivante. Primo, les hommes du pouvoir au Congo ont habitué depuis plusieurs décennies les populations à créer des vrai-faux coups d'Etats, des procès bidons, des vrai-faux complots, bref, une espèce de règlements de compte style "camorra italienne". Je vous rappelle qu’il y a encore des rafles, des enlèvements et des captures qui s’opèrent discrètement. Voilà l’ambiance qui règne actuellement au Congo, à Brazzaville en particulier.

Des versions contradictoires que l'on soit porte-parole de la police nationale ou celui du gouvernement. Des rumeurs qui vous parviennent de partout, des tenants et des proches du pouvoir évacuant discrètement leurs proches, enfin des hommes en armes, toujours plus nombreux nuit et jour, sillonnant sirènes hurlantes les rues et avenues de notre ville capitale. Tout ceci entretien un climat de peur de suspicion et d'inquiétude qui ne rassure personne.

Assez curieux pour une "opération dite de police" censée rétablir l'ordre, assez curieux pour un pays où régnerait "la paix et la tranquillité des esprits", assez curieux pour un pays qui se veut "émergent en 2025". Indiscutablement ma chronique "Drôle de pays" prend là tout son sens, le Congo Brazzaville étant effectivement un pays assez particulier ! Je pense que tous les Congolais devraient être psychanalysés pour que ce pays redevienne un jour normal.

Starducongo.com : Plusieurs versions ont été données sur l’origine de cet incident. Vous qui êtes au fait de l’actualité, laquelle vous parait la plus plausible ?

Être au fait de l’actualité ce n’est pas vraiment ça, disons que, comme citoyen, je m’intéresse au devenir de mon pays. Personnellement pour cerner ce que vous qualifiez de "incident" que je qualifierais moi de "tragédie", il faut remonter au 4/03/2012 pour faire court. Pour moi la tragédie du 4/03/2012, dite explosion des munitions de l’ECCRAMU est la conséquence prévisible d'un Etat en faillite, corrompu, clientéliste, certains diront un Etat pourrit ou un non Etat.
A la suite de cette tragédie, beaucoup parmi nos compatriotes, dont moi même avions pensé et espéré que le Chef de l'Etat, le Président SASSOU NGUESSO avait là l'occasion de restaurer l'Etat et la République en se débarrassant des clans, des petits-chefs, des courtisans, des pervers narcissiques, des petits comploteurs etc. qui ont concouru de près ou de loin à cette tragédie.
Deux exemples pour étayer mon analyse. Le projet de financement de la délocalisation et la construction des casernes avait été initié et adopté par le Chef suprême des armées, Chef du gouvernement, le Président de la République en personne.

Le deuxième, le procès dit des "explosions du 04/03/2012" a démontré le caractère accidentel de cette tragédie, pour une histoire de "bouffe chauffée" au charbon de bois par le sieur KAKOM. Tout ceci dans une caserne militaire à proximité d'un site sensible.
A cela il faut ajouter, la présence dans une caserne militaire des explosifs civils, propriétés des grandes entreprises de BTP de la place. Malheureusement, nous avons regardé pantois, une enquête et une instruction curieuse, bâclée et orientée vers un homme, le Colonel Marcel NTSOUROU, plus grave vers une communauté ethnique, la communauté Téké. Nous avons été tous choqués à la suite de l'interpellation au début de l'enquête, des avocats du Colonel Marcel NTSOUROU (Maître MALONGA et Maître HOMBESSA). Souvenons-nous de cette sortie médiatique du Ministre Emmanuel YOKA stigmatisant la présence au domicile de Monsieur NTSOUROU des "journalistes Tékés".

Nous étions là, à mon humble avis devant une instrumentalisation policière, médiatique et judiciaire pour faire de NTSOUROU Marcel le bouc émissaire et le parfait coupable de cette tragédie.
Un procès contradictoire a eu lieu, arguments contre arguments, en tout cas nous nous sommes fait notre opinion, l'innocence de Marcel NTSOUROU saute aux yeux. Le réquisitoire du Procureur de la République MOUKALA MOUKOLO, puis le verdict lu par le Président de la Cour Criminelle Maturin BAYI condamnant à sursis le principal accusé Marcel NTSOUROU sont venus conforter notre lecture. Cependant les menaces et interpellations qui se sont abattues sur les deux magistrats précités ont indiscutablement démontrés la vraie nature et les objectifs du procès du 04/03/2012.
Marcel NTSOUROU dehors, ancien du système et du sérail, connaissant les méthodes de ses "anciens amis", s'est mis à l'idée de communiquer et de prendre à témoin la nation et la communauté internationale sur le sort que n'avait cessé de concocter le pouvoir contre sa personne, sa famille et ses amis. Crime de lèse majesté pour le pouvoir quand il dit sur Rfi être disposer à témoigner dans l'affaire dite "des disparus du Beach".

Je pense que pour un certain courant au sein du pouvoir, la ligne rouge avait été franchie. L'affrontement a commencé auparavant par médias interposés pour atteindre son paroxysme dans le carnage au domicile du Colonel Marcel NTSOUROU le 16/12/2013.
A mon humble avis, le pourvoi en cassation pour casser le verdict du procès, le "billet d'écrou", l'interdiction d'au moins six journaux indépendants en un mois, enfin la vrai-fausse fusillade du 15/12/2013 ne sont que des épisodes tragiques montés de toute pièce, méthodiquement dans certaines officines du pouvoir pour faire taire un homme du sérail devenu très gênant.
A ce titre, tous les coups sont permis pour ceux qui ont longtemps fonctionné dans un système dictatorial, formés dans les écoles soviétiques. L'Etat de droit, une vue de l'esprit, des simples slogans destinés à la consommation internationale.

Starducongo.com: Il est souvent reproché au colonel de ne pas accepter le fait qu’il ne soit pas promu au grade de général. Avez-vous ressenti cette rancune à l’égard des autorités lorsque vous l’avez rencontré ?

En effet, j’avais rencontré le Colonel Marcel NTSOUROU d'abord à la maison d’arrêt de Brazzaville, lors de sa première incarcération, puis plusieurs fois pendant sa libération. Comme la plupart de mes compatriotes et la communauté internationale, ses différentes interviews dans la presse m'ont édifiées sur ses véritables motivations. Pour avoir discuté avec l’homme de tous les sujets sans tabou ni faux-fuyants pendant des longues heures, je peux affirmer que l'homme sort du lot de la majorité de nos officiers. Une culture générale dense, un homme entier et un officier à cheval sur les principes.

A mon avis, l'homme est sorti blessé dans son amour propre au travers des souffrances et des persécutions subies par les siens. Je dirais aussi que l'homme répugne l'injustice, la médiocrité et l'indignité. Il avait accepté, à contre cœur certes, le fait de ne pas porter les galons de Général. C'était à mon avis une préoccupation mineure pour lui. L'arbitraire et la traque dont il se sent victime le sortaient de ses gongs.
Il a la conviction qu'un groupe d'individus pour des raisons tribales et obscures lui en veut à mort. Autrement dit, la rancune, si rancune il y a s'est forgée progressivement au vu des actes illégaux (capture, traque, tortures morales, tortures physiques des siens ...) sur lui et ses proches, et ceci de manière récurrente.

Le Colonel Marcel NTSOUROU n’a jamais été un haineux, un voyou et encore moins un terroriste armé qui menacerait l’Etat, Le Colonel Marcel NTSOUROU veux résister et se défendre contre ceux qui veulent sa perte, l’étiquette de chef de bande entretenant des mercenaires à son domicile est un montage éhonté de la part de ceux-là même qui étaient ses collaborateurs.

La classe politique (opposition et partis au pouvoir) ne s’était pas exprimée tout au long de cette crise. A votre avis, est-ce par crainte de l’envenimer? Ou voulait-elle se donner un temps de réflexion ou encore marquer son indifférence ?

Les Congolais ont peur, peur de celui qui est censé les protégé et qui les maltraite jour après jour, peur du Président Denis SASSOU NGUESSO car au fil des années tous les congolais se sont rendus compte que leurs vies ne comptent pas pour celui qui est censé les protégés. Le père de la nation est plus préoccupé par son confort matériel, sa sécurité personnelle et sa longévité au pouvoir que par le bien être de son peuple.

Les congolais transpirent la peur, la peur commande "qu'il faut toujours se tenir du côté de celui qui tient le caillou...". Comprenez : "il faut toujours se tenir du coté de celui qui a les armes même quand celui-ci a l'odeur du cadavre et de la mort". D’ailleurs, toute honte bue, certains partis et non des moindres ont fait de cette maxime leur slogan.
Dans ces conditions, les partis au pouvoir et ceux de l’opposition préfèrent ravaler leurs indignations, raser les murs, et bomber le torse dans les milieux autorisé à l’abri des oreilles indiscrètes plutôt que d’attirer l’attention et donc la colère du grand méchant loup sur eux.
Avez-vous entendu un seul parti de l’opposition ou de la majorité prendre position sur l’arrestation des journalistes, sur l’interdiction de certains titres de la presse écrite ; pas moi.
Les congolais ont l’odeur de la peur, il suffit de les regarder droit dans les yeux pour s’en rendre compte et ils n’ont pas tors, ce qui ne veut pas dire qu’ils ont raison d’avoir peur.
Les seules personnes qui osent encore s’indigner et dénoncer au Congo Brazzaville sont les avocats et les journalistes, je voulais dire certains avocats et certains journalistes qui malheureusement sont aussi victime de l’arbitraire (menaces et agressions en tous genres, arrestations arbitraires, emprisonnement etc.).
J’aimerais que chacun s’interroge sur ce qu’il aurait fait s’il avait été à la place du Colonel Marcel NTSOUROU étant entendu que la présomption d’innocence s’applique à tous prévenus tant qu’il n’a pas été condamné. Le Colonel Marcel NTSOUROU avait été jugé et acquitté donc innocenté.

Aujourd’hui le Colonel Marcel NTSOUROU, sa femme Charlotte NTSOUROU et sa fille de 16 ans ont été placés en détention à la maison d’arrêt de Brazzaville, si ce n’est pas de l’acharnement alors je ne m’y connais pas.
Enfin, j’aimerais demander à tous les congolais d’avoir une petite pensée pour tous les compatriotes qui sont morts au cours de cette tragédie (aussi bien aux cotés du Colonel NTSOUROU que du coté des forces armées).
En ces jours de fête, la douleur de leurs parents devrait être partagée par toute la nation.

Propos recueillis par Alain Bouithy

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