Freddy Tsimba est l’un des sculpteurs congolais les plus renommés. Du 20 juin au 5 juillet 2014, l’artiste a présenté sa première exposition individuelle à l’Institut français de Kinshasa. Avant son départ pour Ostende à l’occasion du festival « Theater Aan Zee », il a répondu aux questions de la rédaction d’Impact.

Impact : Freddy Tsimba, vous êtes sculpteur, diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa depuis 1989, quels sont les artistes qui ont le plus influencé votre travail ?
Freddy Tsimba : Parmi mes maîtres, je citerais volontiers Michelangelo Buonarroti (plus connu sous le diminutif de « Michel-Ange» ndlr) qui incarnait la puissance dans la volupté mais surtout, le sculpteur français d’origine russe Ossip Zadkine et notamment son œuvre « la ville détruite » qui est, à Rotterdam, un réquisitoire contre les guerres. La découverte de l’œuvre d’Alberto Giacometti m’a incité à suivre la voie de l’épuration des formes. Paul Rebeyrolle m’a beaucoup impressionné par sa rage de créer. Sur la scène congolaise, Nginamau Lukiesamo et Beya Tshidi m’ont poussé à créer.
Ne trouvez-vous pas paradoxal que vos œuvres soient très souvent exposées à l’étranger, y compris dans l’espace public comme c’est le cas à Bruxelles alors même qu’elles sont si peu présentes à Kinshasa ?
Même si j’ai une certaine notoriété à Kinshasa, il est vrai que mon travail est surtout reconnu à l’étranger. En RDC, l’artiste est directement assimilé au « musicien » et non au « plasticien ». Il y a un réel travail d’éducation à faire pour démontrer qu’artiste plasticien est un vrai métier qui doit être considéré. Ensuite, c’est sans doute à l’Etat qu’il appartient de valoriser ses créateurs quel que soit le domaine d’expression. Si nous disposions de musées accessibles aux enfants et si l’art était davantage valorisé dans l’espace public, je pense que cela changerait certainement la perception populaire du plasticien.
Votre installation «Centre fermé, rêve ouvert», représentant neuf corps monumentaux de femmes les mains collées au mur dans une position humiliante, a beaucoup marqué les visiteurs : pourriez-vous nous dire ce qui vous a inspiré cette œuvre d’une si grande force expressive ?
Cette installation est née d’une expérience personnelle au centre «INAD» (pour «inadmissible») de l’aéroport de Bruxelles. Mon visa a été mal interprété et je me suis retrouvé détenu pendant dix jours et ce fut une expérience éprouvante. J’ai finalement été « renvoyé » vers Kinshasa. À la suite de ces avanies, j’ai traversé de longues nuits d’insomnie et de cauchemars et il m’a fallu des mois pour me remettre de ce trauma ; la création de cette œuvre monumentale y a d’ailleurs contribué. C’est une œuvre « in progress », la finalité étant de parvenir à 99 personnages enfants, femmes, hommes en position d’humiliation. J’ai la conviction que cette œuvre deviendra très importante dans ma carrière artistique. Quand je lève les yeux, je vois un oiseau qui traverse le fleuve Congo sans étiquette ni visa, il peut aller de Kinshasa jusqu’à Bruxelles sans entrave.
On interprète souvent votre œuvre comme une dénonciation de la guerre et de son cortège de souffrances (viols, meurtres de masse…), mais ne peut-on pas aussi y voir un hymne à la vie ?
C’est vrai que les lectures journalistiques de mon travail accentuent cette dimension morale de dénonciation de la guerre et de ses atrocités. Mais je n’ai jamais voulu donner des ailes à la souffrance. Mes œuvres sont un hymne à la vie ; or la vie possède une ombre qui s’appelle la mort. C’est un travail plastique qui interroge chacun d’entre nous. Mon langage plastique trouve sa source au fond de mes entrailles. Je cherche d’abord en moi-même pour créer et dépasser mes angoisses, mes inquiétudes…
Quels sont vos projets artistiques ?
Dans le cadre de la rénovation du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren (périphérie de Bruxelles), j’ai un projet sur la notion de dialogue, en collaboration avec le Palais des Beaux Arts et le KVS (Théâtre Royal Flamand) à Bruxelles. Il y a aussi le projet de création de «Machettes’ house» à Ostende et la poursuite de l’œuvre monumentale «Centre fermé, rêve ouvert… ». Par ailleurs, une de mes œuvres «Les larmes des oubliés» a été sélectionnée pour faire partie de l’exposition internationale « Divine comédie » dont Simon Njami est le commissaire artistique et qui sera prochainement présentée au Smithsonian Museum (Washington) et au Musée « Reina Sofia» (Madrid).
Propos recueillis par Christophe Roussin
Freddy Tsimba : Parmi mes maîtres, je citerais volontiers Michelangelo Buonarroti (plus connu sous le diminutif de « Michel-Ange» ndlr) qui incarnait la puissance dans la volupté mais surtout, le sculpteur français d’origine russe Ossip Zadkine et notamment son œuvre « la ville détruite » qui est, à Rotterdam, un réquisitoire contre les guerres. La découverte de l’œuvre d’Alberto Giacometti m’a incité à suivre la voie de l’épuration des formes. Paul Rebeyrolle m’a beaucoup impressionné par sa rage de créer. Sur la scène congolaise, Nginamau Lukiesamo et Beya Tshidi m’ont poussé à créer.
Ne trouvez-vous pas paradoxal que vos œuvres soient très souvent exposées à l’étranger, y compris dans l’espace public comme c’est le cas à Bruxelles alors même qu’elles sont si peu présentes à Kinshasa ?
Même si j’ai une certaine notoriété à Kinshasa, il est vrai que mon travail est surtout reconnu à l’étranger. En RDC, l’artiste est directement assimilé au « musicien » et non au « plasticien ». Il y a un réel travail d’éducation à faire pour démontrer qu’artiste plasticien est un vrai métier qui doit être considéré. Ensuite, c’est sans doute à l’Etat qu’il appartient de valoriser ses créateurs quel que soit le domaine d’expression. Si nous disposions de musées accessibles aux enfants et si l’art était davantage valorisé dans l’espace public, je pense que cela changerait certainement la perception populaire du plasticien.
Votre installation «Centre fermé, rêve ouvert», représentant neuf corps monumentaux de femmes les mains collées au mur dans une position humiliante, a beaucoup marqué les visiteurs : pourriez-vous nous dire ce qui vous a inspiré cette œuvre d’une si grande force expressive ?
Cette installation est née d’une expérience personnelle au centre «INAD» (pour «inadmissible») de l’aéroport de Bruxelles. Mon visa a été mal interprété et je me suis retrouvé détenu pendant dix jours et ce fut une expérience éprouvante. J’ai finalement été « renvoyé » vers Kinshasa. À la suite de ces avanies, j’ai traversé de longues nuits d’insomnie et de cauchemars et il m’a fallu des mois pour me remettre de ce trauma ; la création de cette œuvre monumentale y a d’ailleurs contribué. C’est une œuvre « in progress », la finalité étant de parvenir à 99 personnages enfants, femmes, hommes en position d’humiliation. J’ai la conviction que cette œuvre deviendra très importante dans ma carrière artistique. Quand je lève les yeux, je vois un oiseau qui traverse le fleuve Congo sans étiquette ni visa, il peut aller de Kinshasa jusqu’à Bruxelles sans entrave.
On interprète souvent votre œuvre comme une dénonciation de la guerre et de son cortège de souffrances (viols, meurtres de masse…), mais ne peut-on pas aussi y voir un hymne à la vie ?
C’est vrai que les lectures journalistiques de mon travail accentuent cette dimension morale de dénonciation de la guerre et de ses atrocités. Mais je n’ai jamais voulu donner des ailes à la souffrance. Mes œuvres sont un hymne à la vie ; or la vie possède une ombre qui s’appelle la mort. C’est un travail plastique qui interroge chacun d’entre nous. Mon langage plastique trouve sa source au fond de mes entrailles. Je cherche d’abord en moi-même pour créer et dépasser mes angoisses, mes inquiétudes…
Quels sont vos projets artistiques ?
Dans le cadre de la rénovation du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren (périphérie de Bruxelles), j’ai un projet sur la notion de dialogue, en collaboration avec le Palais des Beaux Arts et le KVS (Théâtre Royal Flamand) à Bruxelles. Il y a aussi le projet de création de «Machettes’ house» à Ostende et la poursuite de l’œuvre monumentale «Centre fermé, rêve ouvert… ». Par ailleurs, une de mes œuvres «Les larmes des oubliés» a été sélectionnée pour faire partie de l’exposition internationale « Divine comédie » dont Simon Njami est le commissaire artistique et qui sera prochainement présentée au Smithsonian Museum (Washington) et au Musée « Reina Sofia» (Madrid).
Propos recueillis par Christophe Roussin
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