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LITTERATURE : Rue des histoires (1) un recueil de nouvelles de Marie-Françoise Ibovi

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France, (Starducongo.com) - Une série de petits textes qui nous plongent dans le Congo profond avec escale événementiel en France et au Sénégal. Rue des histoires peut se lire comme une suite de chroniques congolaises. L’âge juvénile, l’amour et les turpitudes sociales définissent en général le destin des héros et héroïnes de Marie-Françoise Ibovi dont les textes se fondent principalement sur les thèmes de l’amour, de la mort associée parfois au fantastique qui fait penser au conte.
LITTERATURE : Rue des histoires (1) un recueil de nouvelles de Marie-Françoise Ibovi
L’amour dans toutes ses formes

C’est surtout l’amour idyllique qui occupe une grande place dans Rue des histoires. « L’amour !... Encore ! Et toujours ! » relate l’intimité mutuelle entre les jeunes Françoise et Abel. Celui-ci, qui est arrivé au Congo à l’occasion d’un festival musical, retourne en France après son mariage traditionnel avec Françoise. Mais cette dernière ne peut le rejoindre en France, le visa lui étant refusé. Aussi, son désespoir se transforme en bonheur quand, contre toute attente, Abel revient au pays, pour vivre avec Françoise et le bébé qu’elle attend. Dans « Impossible de vivre sans toi », Divine qui ne peut vivre sans Tely quand elle réalise la mort de ce dernier. Et la mort se marie avec l’amour dans « Puru » quand le jeune Malonga tombe amoureux de Puru. Et quelle ne sera pas sa surprise quand l’histoire mystérieuse de la jeune fille morte il y a sept ans lui est contée. Dans « Job et la douce », l’amour n’arrive pas à se concrétiser entre Job et Ida qui pourtant le désire sans qu’il le sache. Chacun de son côté ayant un passé atypique, leur amour n’arrive pas au mariage car marqué par beaucoup de querelles : « La Douce Ida ne parla pas de fréquents séjours au Cabano (L’asile des fous !) et Job cacha qu’il était polygame et père de quinze enfants » (p.112). Dans le texte « Quelque chose n’allait pas », se révèle l’amour trahi : Yvonne trompe sexuellement son homme qu’elle aime pourtant. Et ce thème de l’amour cher à l’auteure revient dans « La séductrice » qui dévoile une espèce de Don Juan au féminin. Cocufiée par son mari, l’héroïne se venge en voulant séduire un collègue de travail. Mais tout ne se passe pas comme souhaité. L’amour devient parental dans « La bibliothèque de mon père » quand Marie Françoise, dans un récit autobiographique, parle de son père, un certain François Ibovi, qui a fait d’elle une passionnée de littérature.

La part du fantastique dans Rue des histoires

En mettant en relief quelques éléments du fantastique dans les aventures de certains de ses héros et héroïnes, quelques textes de ce recueil se lisent comme des contes où la mort accompagne souvent les personnages. Dépourvu d’argent, Ognoli, dans « le portefeuille maléfique » apparait comme un personnage de conte quand il ramasse un portefeuille qui sème mort et désolation. Le fantastique se révèle aussi à travers le rêve tragique que fait Malika dans « Ndoto le rêve ». Dans « Air Makanda », l’héroïne échappe mystérieusement à un crash d’avion, protégée par l’esprit de sa défunte grand-mère, une réalité socioculturelle que l’on retrouve dans « Ondongo très fâché » ; dans ce texte, le héros est un sorcier initié par son grand-père. Il assassine ses victimes pour recueillir leur sang. Suspecté et arrêté par la police, il subit la vindicte familiale de ses victimes : « (…) les parents étaient là (…). Tenant à se faire justice, ils ont réussi à tuer Ondongo à coups de bâtons et de machettes » (p. 94). Et l’image mystérieuse, cette fois-ci de la grand-mère est constatée dans « Le poids des souvenirs » quand la vieille Mondé, morte il y a quelques années, se présente à l’héroïne sous la forme d’un animal. Le mystère de la mort où se reflète le fantastique se découvre dans d’autres situations que décrit Marie-Françoise Ibovi. Dans « L’hôtel Mandzandza », Victoire connait une fin tragique quand, au cours d’une visite de routine chez son médecin qui lui annonce son cancer. Malgré le traitement, la maladie atteindra sa phase fatidique. On rencontre aussi le thème de la mort dans « La spoliation » quand l’héroïne subit le martyre après le décès de ses parents. Dans « Infanticide », Ursula se retrouve en prison pour avoir tué son bébé en le jetant dans une fosse septique juste après sa naissance. Elle est le contraire de l’héroïne de « Ma princesse » qui attend un bébé avec bonheur, un bonheur qui va s’évanouir quand, à l’hôpital Necker, le gynécologue lui apprend qu’une hernie va emporter le bébé. En dehors des thèmes de l’amour, de la mort et du fantastique, l’auteure relate certains faits sociaux tels l’homme devant le spectre du sida et les élucubrations d’un député dans « Papa Massoubila et son bar »

Récit et théâtre dans Rue des histoires

S’il y a une spécificité qui caractérise Marie-Françoise Ibovi au niveau du style, c’est la technique du théâtre qui traverse quelques-uns de ses récits tels « Le portefeuille maléfique » et « Ndoto le rêve ». Peut-être pour montrer le côté dialogique de la littérature congolaise qui plonge le lecteur dans l’oralité.
Rue des histoires, un livre qui montre que la littérature féminine au Congo ne cesse de se développer. Aux côtés de ses consœurs Marie- Léontine Tsibinda, Marie-Louise Abia, Liss Kihindou, Emilie-Flore Faignond, pour ne citer que ces noms, Marie-Françoise Ibovi vient de se créer une place dans la famille des écrivains congolais. Rue des histoires, un miroir de la société congolaise où se vit, à certains moments, la coutume mbochi de la Cuvette, nous rappelant que la création littéraire tire parfois ses éléments dans la tradition de l’auteur. Et comme le spécifie sa préfacière Faignond, «i[ la vie, la mort, les croyances ancestrales, la sensualité, la musique, les paysages luxuriantes du Congo, c’est dans et univers riche, coloré que Marie-Françoise Ibovi [nous entraîne] le temps d’une lecture fluide]i ».

Noël Kodia

(1) Marie Françoise Ibovi, Rue des histoires, éd. Edilivre, Paris, 2012, 133p. 19€

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